27.05.2009
La légende d’Abla & d’Antar
L'avenir d'une race et d'un pays n'est pas
Dans un homme, fût-il l'arbitre des combats,
Le roi du monde. Rien n'arrête un peuple en marche.
Il monte ! Je le vois monter de marche en marche,
Du levant au couchant, dans un tel flamboiement
Que l'astre d'or pâlit au sein du firmament.
Qu'importe aux aigles fiers et même aux hirondelles
Une plume de plus ou de moins à leurs ailes !
Je ne suis qu'une plume, ami ...
Antara Ibn Cheddad
Antara Ibn Cheddad, chevalier du désert, poète de l’Arabie préislamique qui vécut au VIe siècle de l’ère chrétienne. La bravoure légendaire d’Antara et la perfection de sa poésie primitive "le hissèrent au rang des plus grands poètes et héros arabes". Mais comme on a pu s'en rendre compte dans les récits précédents; derrière chaque grand homme il y a une femme.. Voici son histoire..
"Certains disent que la légende ou la Sirat d'Antar est plus intéressant que les Mille et Une Nuits parce qu’il est moins merveilleux. Tout l’intérêt est puisé dans le coeur de l’homme"
"C'est une très vieille histoire qui commence comme la Table d'Emeraude."
Il est vrai, sans mensonge et très véritable qu'un jour, l'émir Chaddad, chef de la noble tribu des Beni Abs et son esclave noire Zébiba, eurent un fils du nom de Antara.
Ce dernier tomba éperdument amoureux d'Abla, sa cousine, fille de son oncle Malik, qu'il servait comme esclave.
Un jour, la tribu des Beni Abs fut attaquée par la tribu ennemie de Zobeir; et seule la prodigieuse bravoure d'Antara permit de sauver Abla et les siens de l'esclavage.
Pour célébrer sa bravoure, l'émir Cheddad, invita Antara sous sa tente, et le valeureux guerrier reçut le titre de "Protecteur des Béni Abs et cavalier du soleil".
Mais ce n'était pas les honneurs qu'espérait Antara en remerciement de ses exploits, mais la main de celle pour laquelle il se mourrait d'amour, et composait des poèmes si beaux !..
Alors mandé par Malik qui l’interroge sur la récompense qu’il désire recevoir, lui avoue son amour pour Abla et la demande en mariage.
Malik est peu pressé d’accorder sa fille à un jeune homme de piètre condition, noir de surcroît ! Même fût-il un héros ! Aussi prétexte-t-il une promesse d’alliance d'Abla avec Amarat, prétendant riche et puissant.
Antara affirma haut et fort qu'il n'épouserait jamais que celle qu'il aimait, et qu'il noierait sa rage dans le sang de ceux de la tribu qui faisaient obstacle à son bonheur.
Le valeureux guerrier devint triste, puis irritable, et un jour, laissa exploser sa colère.
- Pourquoi mon Père, refuse-t-il de m'appeler son fils, et de m'accorder la main d'Abla, celle que j'aime plus que ma vie ?, demanda-t-il à sa mère.
- Ta couleur, mon fils, répondit Zébiba, l'esclave. Un noble arabe ne donnera jamais sa fille à un esclave sans nom, et sans rang, qui n'a pour toute éducation que le talent d'inventer des poèmes.
Antara, rongé par l'amertume, s'en alla voir son père, et lui demanda la main d'Abla, mais celui-ci entra dans une grande colère !..
- Voudrais-tu qu'on dise que Chaddad, chef des Beni Abs, a reconnu le fils d'une esclave noire, et l'autorise à prendre rang parmi les Arabes ?
Ne me parle plus jamais de Abla, répondit l'émir.
Antara partit pour le désert, car c'était le seul endroit où on lui faisait bon accueil.
Il erra seul, de longue journée, puis, se languissant d'Abla, s'en retourna vers la tribu de son père.
Une entrevue orageuse a lieu entre Abla et son père. La jeune fille lui rappelle son serment:
- "Ah ! ne me laisse pas dans cet affreux tourment ! De penser que tu veux manquer à ton serment", et clame son amour pour Antara: "Je le dis à celui qui veut encore l’entendre !J’aime Antara ! J’aime Antara ! Lui seul est bon et tendre."
Amarat, fou de jalousie, lui annonce la mort d’Antara, qu’elle se refuse à croire..
Quand Antara arriva, au campement, les femmes lui apprirent que les hommes avaient été capturés par des pillards en tentant de leur donner la chasse.
Antara partit à la recherche des siens, et après voir franchi plus de mille dunes et autant de déserts, les trouva prisonniers de leurs ennemis, attachés à leurs chevaux.
N'écoutant que son courage, il fondit sur les pilards, se batit comme un lion, tua leur chef, et mit les autres en fuite.
Antara fut couvert d'honneurs, mais son père lui refusa une nouvelle fois la main d'Abla, car son coeur repoussait cette chair de sa chair dont la couleur était noire.
Antara, retourna dans le désert où il s'enfonça le plus profond qu'il put. Cette fois, il pleura des larmes de pierre, aussi dures que son coeur.
Après des jours de marche, écrasé de soleil et de solitude, il rebroussa chemin, et prit la direction du campement où était restée celle qu'il ne parvenait pas à oublier.
Arrivé en haut de la dune, il fut le témoin d'un terrible spectacle. Les Beni Abs se battaient au corps à corps contre un ennemi supérieur en nombre.
Le fracas des armes, les cris des femmes et des enfants, le gémissement des blessés, montaient vers lui comme autant d'appels à l'aide.
- Qu'attends-tu pour venir à notre secours, lui cria son père, blessé, en l'aperçevant. Antara s'assit sur le sommet de la dune, observant le désastre qui s'offrait à ses yeux avec une froide indifférence.
- Puisque je ne suis pas digne de ton sang, peu m'importe ce qu'il adviendra de toi et des tiens.
- Ne vois-tu pas qu'on enlève la femme que tu aimes ?
- Pourquoi la délivrerais-je, si c'est pour qu'elle fasse le bonheur d'un autre que moi ?
- Que veux-tu pour prix de ton aide ?
- Je veux que tu me reconnaisses pour fils, et la main d'Abla.
- Soîs béni, O mon fils. Tu as désormais rang d'homme libre, et la main d'Abla t'est acquise, répondit l'émir.
A ces mots, Antara bondit sur son cheval, dévala la dune, et se jeta de toutes ses forces dans la bataille qui faisait rage.
Il fondit sur le cavalier qui tentait d'enlever sa belle, et lui transperça le flanc de sa lance.
La violence du choc fut telle qu'Abla tomba du cheval ennemi qui l'emmenait de force vers de nouveaux maîtres.
Elle roula à terre, et ayant reconnu son sauveur, l'appela à l'aide.
Antara, n'écoutant que son amour, attrappa la frêle main tatouée tendue vers lui, et depuis ce jour, leurs destin furent scellés à jamais.
Le mariage eut lieu, ainsi que l'avait promis son père, et de leur union naquit un fils, noir lui aussi, qu'ils nommèrent Antara.
Comme son père, il avait le don d'enfiler des perles de mots pour tresser des colliers au vent, et ne perdait jamais une occasion de montrer sa bravoure au combat.
Ses victoires suscitèrent encore plus de jalousies que les exploits de son père du temps de sa jeunesse..
Source : bladi.net
22:20 Publié dans Histoire des civilisations | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
25.05.2009
La fin des causeries dialecticiennes
Nul doute qu’il est plus commode pour un grand nombre de personnes sur les forums de skype ou de zorap, de s’adonner aux affirmations péremptoires, gratuites, plutôt que de faire un effort de réflexion structurée, argumentée et justifiée.
Nul n’était tenu dans mes forums de pratiquer un discours de spécialiste, mais de restituer oralement une pensée assise sur une mécanique de pensée simple, mais pas simpliste, de bonne facture, sans tomber dans le verbalisme.
A la lumière de l’expérience, depuis la fin des skypecasts, nous n’avons pas retrouvé d’une part, l’audience de nos forums d’antan, et d’autre part, la qualité d’intervention de certaines personnes dont nous nous étions accoutumés.
En effet, après avoir tenté, en vain d’introduire les causeries sur zorap du samedi soir, en instaurant, au préalable sur skype une discussion publique, force était de constater l’absence d’écrits propres à susciter l’envie d’argumenter en profondeur.
En guise d’analyse des problématiques proposées, nous avons obtenus des écrits du ressort du « café du commerce ».
Que l'on ne s’y méprenne pas, je n’ai aucune hostilité envers ce type d’échanges d’idées et de pensées, néanmoins, je ne suis pas sûr, voire même pas convaincu, que ce mode de fonctionnement nous aurait permis de réfléchir. A mon humble avis, il a eu plutôt tendance à nous divertir tout simplement.
Je peux comprendre le besoin d’échanger légèrement, en pratiquant la légèreté des pensées sous forme d’humour, pas toujours de bon aloi, mais souvent bon enfant, parfois en s’adonnant à la dérision, ne fut en aucune manière l’objectif assigné aux discussions publiques des causeries dialecticiennes. Le moins que l’on puisse en dire, il ne fut pas obtenu.
Quant aux causeries sur zorap le samedi soir, si l’affluence était palpable dans la demi-heure qui suivait le démarrage des échanges d’idées et de pensées, nous avons pu constater qu’au fur et à mesure de l’heure qui passait, la majorité des personnes qui était entrée dans la room s’était « évaporée » aussi soudainement qu’elle était entrée.
Après analyse du constat, nous pouvons en déduire qu’il s’agissait en fait d’une démonstration de présence éphémère, assise sur des motivations qu’il ne nous appartient pas de commenter, plus que d’une présence à priori devant être active dans les échanges oraux.
En définitive, mieux vaut en rester là, et mettre fin aux causeries dialecticiennes qui n’ont pas fait la démonstration d’une quelconque utilité.
Nous allons donc, hélas, retourner dans des forums où il est coutume d’affirmer, sans preuve probante, gratuitement, des idées et des pensées, sans en faire une argumentation structurée et justifiée, même la plus élémentaire.
Adieu donc les causeries, car je n’en ferai plus, sauf pour une poignée de personnes qui font partie d’un cercle restreint, mais organisées, sans publicité, dans une « room privée » et donc par définition, n’apparaîtront pas dans la liste des rooms publiques. L’accès nécessitera un mot de passe.
Re-Bonjour donc les petits débats stériles, mais à l’évidence qui font tellement du bien à un nombre conséquent de skypeurs(ses) et zorapeurs(ses), puisque le divertissement par la légèreté, l’humour, souvent discutable, voire même crétin, créant parfois une atmosphère agressive, souvent d’invectives, d’impolitesses, quand elle n’est pas carrément l’antichambre des goujats, est la seule motivation première de certaines personnes en y entrant.
Ne dit-on pas souvent à la criée :
« Mais Pat, on vient sur les forums pour déconner,
tu comprends ça ? Déconner… ! ».
Je laisse, à une poignée de personnes, le soin d’apprécier la profondeur d’une telle affirmation… !
Désolé, mais comme dit aussi une publicité célèbre d’une marque de rillettes :
« Nous n’avons pas les mêmes valeurs… ! ».
Comprenne qui pourra ou voudra, c’est le cadet de mes soucis !
Retournons donc à ces forums !
Néanmoins, pour ma part, ce sera, comme d’habitude, à dose homéopathique !
Pat « dialecticien pour l’érudit ou pyromane de l’ineptie »
23:50 Publié dans Annonces & informations | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Espace : dernier voyage vers Hubble
Depuis 1990, Hubble a transmis de stupéfiantes photos de l'univers.
.
Sept astronautes s'élancent aujourd'hui vers le télescope spatial, pour l'équiper d'une caméra soixante-dix fois plus puissante.
Mis en orbite en 1990, Hubble a déjà subi quatre visites d'entretien, de réparation et de modernisation.
La Nasa lance aujourd'hui sa cinquième et dernière expédition vers le télescope spatial, situé à 560 km au-dessus du sol.
Une mission à haut risque, compte tenu du nombre élevé de débris qui gravitent dans l'espace.
La navette Atlantis décollera du centre spatial Kennedy, près de Cap Canaveral, en Floride, à 14 h 01 locales (20 h 01 à Paris), avec sept astronautes à bord.
Ces derniers effectueront cinq sorties pour remplacer les six gyroscopes de Hubble, ses batteries, sa protection thermique et son système informatique de secours.
Ils installeront une caméra soixante-dix fois plus puissante, qui permettra à Hubble de remonter davantage dans le temps, en captant des images d'événements survenus 500 millions d'années après le Big Bang.
Depuis 1990, Hubble a déjà transmis des images stupéfiantes de supernovas, gigantesques explosions marquant la mort d'une étoile.
Ses observations ont permis de calculer l'âge de l'univers, estimé à 13,7 milliards d'années.
À partir de 2013, Hubble sera remplacé par James Web, un télescope à infrarouges encore plus puissant qui devrait révéler le moment même de la création de l'univers.
Source : OUEST-FRANCE
Mon commentaire :
Aux croyants de ma chère ouma,
Je voudrais leur dire que nous allons pouvoir grâce à ce télescope puissant, voir des détails non révélés à ce jour dans le coran.
Néanmoins, nul doute, nous en trouverons la trace écrite des découvertes de ce puissant télescope, dans quelques années dans le livre de la petite sœur du monothéisme abrahamique… !
A l’évidence, nous saurons comment, dans le coran, dieu nous a révélé ce qui s’est passé, exactement 500 millions d’années après le big bang, voire même, avec précision la création de l’univers voulue par la puissance divine, comme il est d’usage d’affirmer nantis que nous sommes de notre livre saint « scientifique », lequel, c’est bien connu, contient tout ce qu’il convient de savoir sur la création de l’univers
Diantre !
Parfait alors ! Attendons, cette nouvelle édition, mais je pense qu’elle sortira dans une cinquantaine d’années, quand la mémoire collective aura oubliée les évènements que ce télescope nous fera découvrir.
Suis-je clair ?
Je rappelle aussi que j’eusse aimé voir une traduction française du coran, aller même, une édition en arabe, qui date du 18ème siècle par exemple, si possible, avant le 18ème siècle, dans laquelle il est dit dans la sourate 51 – verset 47 que l’univers s’étend.
En effet, la découverte de l’expansion de l’univers a été faite dans le milieu du 20ème siècle parle physicien HUBBLE (celui-là même qui a donné son nom au célèbre télescope) à partir de ses observations : les galaxies ont tendance à s’éloigner les unes des autres ; donc l’univers s’étend, comme le dit le coran.
.
J’attends toujours, cette édition en français ou en arabe du 18ème siècle ou avant !
.
Mais je pense que j’attendrai toute ma vie… !
.
Voir mon précédent article sur les 11 « vérités scientifiques » du coran en cliquant sur le lien ci-dessous :
http://dialecticien.hautetfort.com/archive/2008/08/09/les...
22:30 Publié dans Arrogances, Tartuferies & Stupidités | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
22.05.2009
NOTES DE LECTURE pour la causerie sur zorap du samedi 23 mai sur LES PASSIONS (l'amour)
AVERTISSEMENT
Ce qui suit ne doit pas constituer à vos yeux un support didactique. Il n’a pas pour but de canaliser la pensée des participant(e)s, mais modestement servir de tronc commun pour notre causerie. Loin d’être parfaite, cette note de lecture est une simple contribution.
On peut définir une passion comme un état psychique causé par des objets extérieurs qui sollicitent de manière spontanée des facultés de l’homme comme la sensibilité ou le désir.
Connaître les passions, leur nature, leurs causes et leurs effets a toujours été une tâche essentielle de la philosophie.
Si tel est le cas, c’est parce que les passions ont le plus souvent semblées s’opposer au projet de la philosophie.
D’un point de vue pratique ou morale, elles montrent que l’homme est le plus souvent soumis et dirigé par les choses extérieures, par les objets et évènements ayant lieu dans le monde.
Les passions empêchent l’homme de véritablement agir par lui-même.
Du point de vue théorique, les passions entravent la mise en oeuvre de la raison, celle-ci étant la source de la vérité.
Les passions détournent l’homme de la connaissance vraie.
On comprend ainsi que l’enjeu de la connaissance des passions est inséparable de la volonté de les maîtriser.
La philosophie grecque (action, raison et passion)
« La passion ne vient point d’ailleurs que du fait de se voir frustré dans ses désirs ou de rencontrer ce qu’on cherche à éviter. Voilà ce qui amène les troubles, les agitations, les infortunes, les calamités, les chagrins, les lamentations, la malignité; ce qui rend envieux, jaloux, passions qui empêchent même de prêter l’oreille à la raison. » Épictète - Entretiens
Le mot « passion » provient du grec pathos (puis du latin passio) dont le sens est « souffrance », « douleur », « maladie ».
Platon oppose raison et passion en les situant dans des parties distinctes de l’âme.
La partie rationnelle est localisée dans la tête tandis que la partie désirante, qui est le siège des passions, est localisée dans le ventre.
Les passions conduisent l’homme à négliger la raison, à ne plus vivre que selon sa sensibilité et ses impulsions, c’est-à-dire à vivre dans l’illusion en ignorant à la fois l’essence des choses extérieures et la sienne.
Il existe cependant pour Platon une troisième partie de l’âme, la partie irascible, localisée dans le cœur, et qui contient des passions plus nobles, pouvant se soumettre à la raison, comme le « courage » par exemple.
Aristote donne forme au couple action/passion. L’action, c’est la poièsis ou la praxis (la première étant l’action visant la production de quelque chose, comme le travail d’un charpentier par exemple, la seconde ayant son objectif en elle-même, comme l’action morale).
Il n’y pas seulement opposition entre action et passion mais complémentarité car lorsque quelque chose agit, elle le fait sur quelque chose d’autre, donc cette autre chose pâtit, elle a une passion.
La passion est pour Aristote une altération, un changement qui affecte l’âme ou le corps.
Du point de vue moral, la passion est pour lui neutre car elle est purement passive ; tout comme on ne blâme pas quelqu’un dont le corps est malade, on ne blâmera pas celui qui est sous l’emprise d’une passion.
Enfin, les passions peuvent être classées selon le plaisir ou la peine qu’elle procure.
C’est ainsi que s’opposeront amour et haine, espoir et désespoir, etc.
Parmi les philosophes grecs, ce sont les stoïciens qui ont donné l’image la plus négative des passions.
En effets, ils refusaient la division platonicienne de l’âme en parties distinctes, ce qui signifiait que les passions n’étaient rien d’autre qu’un trouble ou un désordre de la partie directrice de l’âme, siège de la raison.
La passion n’est donc pas l’opposé de la raison, mais une raison pervertie, qui s’est égarée, qui est devenue irrationnelle, qui a perdu sa maîtrise en se laissant impressionner et émouvoir par les évènements du monde.
Même la mort ne doit pas nous effrayer car elle ne dépend pas de la raison.
C’est ce que l’on connaît comme étant l’idéal d’impassibilité du sage stoïcien qu’il ne faut pas comprendre comme un refus de l’action politique ou éthique.
La philosophie moderne (une science des passions)
« Car il est besoin de remarquer que le principal effet de toutes les passions dans les hommes est qu'elles incitent et disposent leur âme à vouloir les choses auxquelles prépare leur corps: en sorte que le sentiment de la peur l'incite à vouloir fuir, celui de la hardiesse à vouloir combattre, et ainsi des autres. » Descartes - Les passions de l’âme.
Les passions sont un thème privilégié de la philosophie classique.
Descartes en fournit une explication qui est à la fois psychologique et physiologique.
Les passions sont toujours des « passions de l’âme » car elles sont définies comme des modifications, des affections ou des changements internes de l’âme causés par les impulsions du corps.
Les passions sont « excitées en l’âme » sans qu’intervienne la volonté, ni aucune action de l’âme.
Le mécanisme de la passion est le suivant : les « esprits animaux » se dirigent du cœur vers le cerveau et se propagent dans les nerfs.
Descartes propose une classification des passions en dégageant 6 passions simples :
· admiration,
· amour,
· haine,
· désir,
· joie,
· tristesse.
Ces passions se divisent ensuite en 34 passions.
On a vu que dans la philosophie grecque, l’accent était parfois mis sur l’opposition raison/passion (Platon, les stoïciens) ; parfois sur l’opposition action/passion (Aristote).
C’est la première orientation qui va dominer l’histoire de la philosophie des passions.
La philosophie de Spinoza est à ce titre une exception car il interprète la passion en termes de passivité (opposée donc à l’activité).
La passion est pour lui une « idée inadéquate » qui s’oppose à l’action qui est toujours « idée adéquate ».
L’action est entièrement déterminée par la nature de celui qui en est l’auteur.
C’est pourquoi elle est parfaitement comprise par celui-ci et est signe de sa liberté.
La passion quant à elle est le résultat de l’action des choses extérieures sur celui qui la subit.
Elle fait entrer en jeu l’imagination qui est toujours confuse car elle mélange les propriétés de l’objet extérieur avec celle du corps humain.
Elle est le signe de la servitude de l’homme.
Spinoza propose lui aussi une classification des passions.
Il y a 3 passions fondamentales :
· le conatus (désir de persévérer dans son être),
· la joie
· la tristesse.
La combinaison de ces passions et leur liaison avec des objets extérieurs permet de découvrir toutes les autres passions.
Le lien entre passion et désir devient de plus en plus marqué dans la philosophie.
Ainsi Leibniz, distingue l’inquiétude qui est un désir inconscient et la passion qui est un désir conscient.
Condillac quant à lui dit de la passion qu’elle est un désir ayant acquis une telle emprise qu’il empêche tout autre pensée ou intérêt de se manifester.
Chez Hume, la passion est l’émotion qui naît lorsque l’esprit à affaire à un bien ou à un mal qui excite son appétit.
Kant distingue l’émotion qui est un sentiment de plaisir ou de déplaisir de la passion qui est une inclinaison qui ne peut être maîtrisée que très difficilement.
La passion, qui relève de la faculté de désirer est un courant qui entraîne tout sur son passage.
Enfin, Hegel définit la passion comme une détermination de la volonté par une seule inclination. Elle est une tendance puissante qui permet l’unification des forces psychiques et spirituelles.
Il faut noter les évolutions qu’a connues la conception des passions.
Premièrement, la connaissance des passions acquiert peu à peu une dimension scientifique : leur explication par des propriétés et mouvements corporels devient prépondérante ; les classifications (Descartes, Spinoza) se veulent de plus en plus systématiques.
On remarquera cependant qu’une telle dimension n’était pas absente chez Aristote.
Deuxièmement, si initialement les passions incluaient tous les phénomènes passifs (c’est encore le cas chez Descartes), elles en viennent de plus en plus à ne désigner que des états durables, des affections qui dominent la vie de l’esprit pendant une certaine durée.
Enfin, les passions qui chez les Grecs incluaient des mouvements de l’âme d’intensité très variable en viennent à renvoyer presque exclusivement à des mouvements souvent incontrôlables et se caractérisant par leur force, leur énergie, voire leur violence.
Condamnation ou valorisation des passions ?
« Nous disons donc que rien ne s'est fait sans être soutenu par l'intérêt de ceux qui y ont collaboré. Cet intérêt, nous l'appelons passion lorsque, refoulant tous les autres intérêt ou buts, l'individualité entière se projette sur un objectif avec toutes les fibres intérieures de son vouloir et concentre dans ce but ses forces et tous ses besoins. En ce sens, nous devons dire que rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion. » Hegel - La raison dans l’Histoire
Aristote, concevant la passion comme pathologie, ne lui accorde aucune valeur morale, qu’elle soit positive ou négative.
Mais déjà chez Platon et les stoïciens, la passion devient une menace pour la raison, elle est un frein à la liberté de l’homme.
La pensée médiévale poursuivra dans cette voie, Saint Augustin identifiant par exemple la passion à la concupiscence.
C’est plus généralement la pensée chrétienne qui lie les passions aux pêchés de la chair bien que certaines passions soient jugées positives comme l’amour de Dieu par exemple.
Même lorsque la passion n’est pas par essence un mal, il n’en demeure pas moins nécessaire d’en maîtriser les excès, d’en prévenir les débordements ainsi que l’affirme Descartes.
Dans la philosophie moderne, c’est Kant qui émet la plus vive critique des passions.
Elles sont des poisons, des infirmités qui sont souvent inguérissables.
Selon lui, une action bonne d’un point de vue moral (c’est-à-dire qui respecte la loi morale) ne s’appuie sur aucune passion, pas même sur celles qui sont traditionnellement conçues comme morale : amour, générosité, etc.
On peut enfin citer Rousseau qui cherche à démontrer que les passions n’appartiennent pas à la nature originelle de l’homme (l’homme à l’état de nature) mais sont le résultat de pratiques sociales viciées.
La condamnation des passions ou du moins de leur mauvais usage domine l’histoire de la philosophie.
Il existe cependant des philosophies qui ont tenté de conférer une valeur positive aux passions.
Ainsi, la pensée de la Renaissance (notamment Giordano Bruno) s’intéresse de très près aux facultés que possède la nature corporelle de l’homme, et non plus seulement sa nature spirituelle.
Quant à Spinoza, il affirme qui n’y a pas lieu de condamner les passions car elles résultent de nécessités naturelles.
Il ajoute qu’apprendre à maîtriser les passions, qu’il qualifie d’affects passifs, ce n’est pas leur opposer une raison ou une volonté désincarnée mais développer des affects actifs, comme le courage.
Au 17ème siècle, c’est au tour des penseurs libertins de défendre les passions en valorisant l’hédonisme.
Vient ensuite le Romantisme qui critique profondément les pouvoirs de la raison en affirmant qu’elle est incapable de saisir la puissance de la vie, et donc la force des passions.
On peut enfin citer Hegel qui considère la passion comme concentration dans l’individu des forces et des besoins tendus vers un but, et qui en fait ainsi un moteur du développement des oeuvres artistique, technique et politique.
En résumé
- L’opposition raison/passion : Ayant sa source dans les sensations et les impulsions, les passions entravent toute connaissance de la vérité et condamnent l’homme à vivre dans l’illusion.
- L’opposition action/passion : Les passions sont le signe de la dépendance de l’homme vis-à-vis des objets et évènements du monde.
- Le lien entre passion et désir : La passion est une tendance, une inclination. Elle a une forte emprise sur l’esprit et provoque des mouvements difficilement contrôlables.
- La maîtrise des passions : Les excès de la passion sont extrêmement dangereux. C’est pourquoi, il faut apprendre à en faire bon usage, à les maîtriser.
- La valorisation des passions : Les passions ont des propriétés bénéfiques. Condamner les passions c’est amputer l’homme d’une partie essentielle de lui-même.
Indications bibliographiques
Aristote - Métaphysique, Éthique à Nicomaque
Condillac - Traité des sensations
Descartes - Les passions de l’âme
Épictète - Manuel
Hegel - La raison dans l’Histoire
Kant - Anthropologie du point de vue pragmatique
Marc Aurèle - Pensées pour moi-même
Platon - La République, Timée
Spinoza - Éthique.
15:36 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
19.05.2009
Mourad Ouchichi (Professeur d’économie à l’université de Béjaïa)
« L’accord d’association avec l’UE a été très mal négocié »
Les autorités algériennes, représentées par le directeur du commerce extérieur au département de Hachemi Djaâboub, ont établi récemment un bilan négatif des quatre années ayant suivi la mise en œuvre de l’accord d’association signé en septembre 2005 avec l’Union européenne.
.
Pensez-vous que l’Algérie est plutôt victime d’un accord mal négocié ?
Il est à la fois curieux et révélateur de voir les responsables algériens faire le bilan (souvent négatif) des actions qu’ils avaient eux-mêmes initiées.
Pourtant, avant la signature de l’accord d’association, en 2002, avec l’Union européenne (UE), plusieurs observateurs et experts avaient mis en garde les autorités quant aux risques d’adhésion à une zone de libre-échange (ZLE) avant d’entamer les réformes structurelles nécessaires au passage de l’économie nationale vers une économie productive.
Pour revenir à votre question, effectivement l’Accord d’association avec l’UE est très mal négocié. Pourtant, les autorités avaient pris tout le temps nécessaire. L’Algérie est le dernier pays maghrébin à avoir signé l’accord avec l’UE.
Il lui avait fallu plus de 6 ans (le début des négociations a eu lieu en 1996) pour prendre la décision de ratifier son accord.
Dès lors, la question est celle de savoir pourquoi l’Algérie n’a pas bien négocié l’Accord d’association avec l’UE.
Contrairement à ce qu’avançait le discours officiel de l’époque, expliquant le report de la ratification de l’Accord d’association avec l’UE par la non-reconnaissance de cette dernière des spécificités de l’économie algérienne, le pouvoir algérien durant la deuxième moitié des années 1990 a utilisé l’Accord d’association pour exercer « une sorte de chantage » sur l’UE et la communauté internationale.
C’est-à-dire qu’en échange de l’acceptation des exigences européennes, le pouvoir algérien cherchait l’obtention d’un soutien clair de l’UE à sa politique du « tout sécuritaire » engagée après l’arrêt du processus démocratique.
Rappelons que l’article II des accords d’association conditionne la coopération entre les deux parties partenaires par le respect des droits de l’homme.
La signature de l’accord, le 21 avril 2002, s’inscrit dans la même logique. L’Algérie n’avait pas accepté d’intégrer la ZLE après des années d’attente, parce que l’Union européenne aurait fait une concession, mais simplement parce que cela répondait aux nouvelles orientations politiques du régime.
Rappelons que depuis son arrivée au pouvoir, Abdelaziz Bouteflika avait fait de la réintégration de l’Algérie sur la scène internationale une priorité absolue.
La signature de l’Accord d’association avec l’UE tombait à point nommé. Ceci dit, les lenteurs et les retards accusés dans la ratification de l’accord ne répondaient nullement au souci de vouloir obtenir des concessions économiques, mais plutôt pour arracher un soutien politique.
Quand un régime politique est en manque de légitimité populaire acquise par le suffrage universel, il ne peut négocier en position de force avec l’extérieur.
C’est une règle qui n’accepte pas d’exception au niveau des relations politiques et économiques internationales.
Les entreprises algériennes sont confrontées à des contraintes liées aux conditions techniques et réglementaires d’accès au marché européen.
Pensez-vous que les entreprises algériennes ne sont pas à la hauteur des standards européens, tel que ceci est avancé par la partie européenne, ou bien sont-elles plutôt victimes d’une politique protectionniste, voire ségrégationniste au sein du marché européen ?
Il ne faut pas se mentir à soi-même. Après plus de 40 ans de gestion rentière et hasardeuse de l’économie nationale, il est évident que l’Algérie ne dispose pas d’entreprises fonctionnant selon les normes internationales.
Le produit algérien, mis à part quelques exceptions insignifiantes, est d’une qualité déplorable.
Les entreprises encore existantes s’avèrent incapables de se placer sur le marché national devant la concurrence chinoise et asiatique de qualité douteuse.
Alors que dire du marché européen ?
L’explication de cet état de fait n’est pas difficile ; lorsqu’une entreprise n’est pas soumise aux pressions de la concurrence et quand celle-ci évolue dans un environnement rentier, elle perd sa vocation de créatrice de richesses pour devenir un canal de transmission de la rente.
Compte tenu donc de la nature rentière et distributive de l’économie nationale (et c’est un choix politique du régime), l’entreprise algérienne n’est pas à la hauteur des standards internationaux en matière de qualité et de services.
Quant au second volet de votre question, à l’exception des produits agricoles qui bénéficient d’une protection clairement affichée par l’UE (à cause de la Politique agricole commune, PAC), on ne peut pas dire que l’UE pratique une politique protectionniste ou ségrégationniste à l’égard de ses partenaires.
C’est aux négociateurs des pays du sud de la Méditerranée d’exercer les pressions nécessaires pour l’ouverture des négociations sur le volet agricole. Mais encore une fois, peuvent-ils le faire ?
Ne pensez-vous pas que les restrictions imposées à Sonatrach sur le marché européen n’ont aucun lien avec les exigences de conformité avec les standards européens et internationaux ?
A l’instar des autres puissances dominantes du marché mondial, l’UE use de tout son pouvoir pour défendre ses intérêts.
Il n’y a qu’à observer le déroulement des réunions de l’OMC, où les pays industrialisés, à commencer par les USA, bloquent toutes les décisions qu’ils jugent contraires à leurs intérêts stratégiques.
Les rapports de domination Nord-Sud ne sont un secret pour personne.
Pour ce qui est du cas des démêlés de Sonatrach avec certains pays européens, il est vrai que le marché international des hydrocarbures, de par son caractère stratégique est régi par des rapports de force qui parfois piétinent sur la seule logique économique.
Le cas des difficultés que rencontre Sonatrach est à ce propos édifiant. Mais encore une fois, c’est à l’Etat algérien d’user de ses influences et de sa diplomatie pour défendre les intérêts de ses entreprises à l’international.
Cette évaluation préliminaire de l’Accord d’association avec l’UE est-elle de nature à permettre l’ouverture d’une zone de libre-échange à l’horizon 2017, une des clauses de cet accord en question ?
Il faudra préciser d’abord que les trois principaux axes de l’Accord d’association signé entre l’Algérie et l’UE sont en ordre de priorité comme suit.
Primo, un dialogue politique permanent et une coopération judiciaire régulière ; l’Algérie s’est engagée à lutter efficacement contre l’immigration clandestine et à fournir des informations concernant les affaires liées au terrorisme et aux crimes organisés, etc.
De son côté, l’UE, par le biais du programme Meda-démocratie, accompagne la transition politique du pays. Une question s’impose, cette transition politique était-elle souhaitée par le régime algérien ?
La réponse est évidemment « non », si l’on tient compte des conditions de préparation et de déroulement et des résultats des élections organisées depuis la signature de cet accord.
Secundo, l’établissement d’une zone de libre-échange entre l’UE et tous les pays de la Méditerranée en conformité avec les règles de l’OMC, les dispositions relatives à la liberté d’établissement, la libéralisation des services, la libre circulation des capitaux et l’application des règles communes de la concurrence.
Tertio, sur le plan social et culturel, l’UE et l’Algérie se sont engagées à promouvoir toutes les initiatives des acteurs algériens et leurs homologues européens visant le renforcement des liens entre sociétés civiles et peuples de la Méditerranée.
Pour revenir à votre question, cette évaluation préliminaire de l’Accord d’association avec l’UE, aussi grisâtre soit-elle, ne peut être de nature à remettre en cause la mise en œuvre de la zone de libre-échange pour au moins deux raisons.
Premièrement, l’Algérie est en négociations pour adhérer à l’OMC (je pense que la décision politique d’adhésion est déjà prise), donc on ne peut pas, d’un côté vouloir adhérer à l’OMC, et de l’autre entraver la mise en place d’une ZLE.
Deuxièmement, le pouvoir en place n’a pas les capacités politiques nécessaires pour s’opposer aux clauses d’un accord avec une puissance aussi importante que l’UE, du fait du déficit de légitimité interne dont il souffre.
Quels seront les risques et les enjeux d’un démantèlement tarifaire plus poussé ?
L’accroissement du degré d’ouverture commerciale avec l’UE, qui se matérialise à travers le démantèlement des barrières tarifaires et non tarifaires, va entraîner au minimum quatre conséquences.
Il s’agit d’abord d’un déséquilibre budgétaire. C’est-à-dire que les conséquences immédiates de l’ouverture économique et leur gestion impliquent une baisse des recettes budgétaires d’un côté, et l’augmentation des dépenses publiques, d’un autre.
En effet, le manque à gagner fiscal et l’accroissement des importations encouragé du fait du démantèlement tarifaire provoquent généralement des déséquilibres importants du solde budgétaire.
Pour y faire face, les Etats procèdent généralement à d’importantes dépenses publiques et à des dévaluations (directe ou par glissement) atteignant parfois plus de 50% de la valeur de la monnaie nationale.
Ces mesures, à leur tour, ne sont pas sans conséquences sur le pouvoir d’achat des citoyens, la paix sociale… Il s’agit, ensuite, d’un creusement du déficit commercial. Le libre-échange peut être une cause du déficit commercial, particulièrement lorsqu’il s’établit dans une région où les rapports de domination économique et de polarisation d’échanges existent (c’est le cas entre l’UE et l’Algérie).
La hausse des importations des produits industriels provenant de l’Europe suite à l’établissement de la ZLE est une perspective évidente pour au moins deux raisons.
Cette opération de libre-échange provoquera d’abord la substitution des importations algériennes en provenance des autres pays industriels non concernés par les avantages douaniers accordés aux produits européens.
Il faut s’attendre, ensuite, à une progression de la consommation interne des produits européens importés.
Cette hausse pèsera, à l’évidence, négativement sur la balance commerciale algérienne.
Il est question aussi d’une probable régression de la croissance. A moyen terme, l’ouverture graduelle aux produits industriels européens aura deux effets sur la croissance.
Il faut s’attendre à une baisse de l’activité dans les secteurs non concurrentiels qui étaient jusque-là protégés, mais aussi à une déstabilisation des rythmes de production suite à la réaffectation des facteurs, particulièrement dans la période de transition vers de nouvelles spécialisations.
Un démantèlement tarifaire plus poussé aura un autre effet négatif sur l’emploi. La soumission des secteurs protégés de l’industrie locale à la concurrence européenne provoquera des pertes certaines d’emplois.
Sous l’effet de la pression d’une forte concurrence, les entreprises locales tenteront de se mettre à niveau par la réduction des charges salariales.
Dès lors, il n’est pas excessif d’affirmer que l’ouverture de la ZLE, du moins dans ses débuts, conduira à des pertes d’emplois et provoquera l’exacerbation des crises sociales, voire politique.
Pourquoi, selon vous, les aides de l’Union européenne accordées à la Tunisie et au Maroc sont plus importantes que celles attribuées à l’Algérie ?
Pensez-vous que l’Algérie devrait demander une révision de certaines clauses de son accord avec l’UE ?
Nous avons effectué une étude dans le cadre d’un travail qui se voulait comme une contribution à la définition des conditions de succès des accords d’association euroméditerranéens, sur les programmes de mise à niveau des entreprises maghrébines pour faire face aux conséquences de la création de la ZLE.
Les résultats sont édifiants à plus d’un titre. Si l’Algérie n’a pas bénéficié de plus d’aides de l’UE, ce n’est pas parce que cette dernière n’en accordait pas, mais parce que l’Algérie n’utilise même pas ses parts.
C’est le même phénomène que l’on peut constater au niveau de l’exploitation du programme financier Meda, consacré à la société civile (ONG, partis politiques…).
En fait, pour bénéficier de ces aides, il faut au préalable présenter à la Commission européenne et ses différents organismes des projets concrets et viables.
Or, nous avions constaté que les entreprises algériennes, contrairement aux sociétés marocaines et tunisiennes, n’avaient pas de visions claires de ce qu’elles voudront faire.
L’Etat qui devait jouer le rôle d’accompagnateur ne l’a pas fait. Résultat, l’Algérie ne consomme même pas sa part des aides accordées par l’Union européenne.
Par ailleurs, le problème de la mise à niveau de l’économie algérienne ne se pose pas en termes de manque de financement. Nos banques sont submergées par des surliquidités.
Le pays possède les capacités financières suffisantes pour devenir en quelques années un géant économique régional, pourquoi pas continental.
Le problème de l’économie algérienne est d’une autre nature : le régime politique en place ne peut pas s’accommoder d’une économie productive qui, à terme, transférera le pouvoir économique vers la société.
En d’autres termes, le régime en place préfère une économie rentière et distributive qui lui assure la domination politique de la société.
Par
source : EL WATAN
23:09 Publié dans GéoEconomie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
18.05.2009
Lettre ouverte à IJTIHAD
Madame la Mujtahid,
Nous n’avons pas eu le loisir de poursuivre et de conclure notre entretien qui avait démarré dans la room de mon ami TIKJDA.
En effet, à plusieurs reprises nous fûmes apostrophés et interrompus par deux participants dont les connaissances insuffisantes à mes yeux ne les autorisaient pas à s’immiscer dans un entretien pour lequel ils n’avaient pas manifesté la preuve de leur compétence sur le sujet, et par voie de conséquence, pas qualifiés à mes yeux pour venir troubler la quiétude d’une réflexion qui démarrait entre nous.
Cela étant dit.
Avant de préciser ma pensée, sur un sujet déjà maintes fois abordé, je vous informe que je suis très surpris de constater le mode de fonctionnement de la mécanique de votre pensée qui laisse entrevoir ou bien un réflexe d’autodéfense de votre part ou bien une manière singulière de la pratique de l’ijthihad.
Au demeurant, je constate, que s’il s’agissait d’un réflexe d’autodéfense, il m’avait paru alors fort injustifié, puisque je n’avais pas pour objectif, madame, de vous acculer dans des retranchements ne permettant pas une analyse et un échange approfondis.
Si les mujtahids, comme vous, puisque vous pratiquez l’ijtihad, nanti du constat que je fais de votre pseudo, mais aussi pour vous avoir entendu jadis dans vos skypecasts spécialisés. Il est vrai, sans jamais intervenir pour ma part, au motif, selon lequel, je n’avais pas du tout apprécié votre grille de lecture du Coran, particulièrement axée sur une volonté manifeste d’en restituer une unicité de pensée particulièrement réductrice. Si donc, disais-je les mujtahids ne pratiquent pas, à ma connaissance, deux outils fondamentaux pour l’analyse approfondie des textes religieux, à savoir la scolastique et la dialectique, il vous appartient pour ce qui vous concerne à titre personnel, d’éviter de faire des confusions et l’économie d’une analyse lexicale quand je dis que je suis athée et musulman ! Des antinomies dont la contradiction ne peut être levée que lorsque la pratique de l’analyse dialectique est acquise.
.
Pour accentuer un peu plus votre incompréhension, je précise : Athée(spirituellement) – Marxiste (politiquement) – Musulman (opportunément) !
La problématique soulevée dans la room de TIKJDA était simple, mais tout le monde fut hors sujet, y compris vous, quand il s’agissait de répondre à une question simple :
Comment devient-on musulman ?
Vous et quelques-uns vous vous êtes fourvoyés dans une diatribe plutôt risible, et pour laquelle, j’ai tout de même joué le jeu.
En effet, pour répondre à cette question simple, vous avez cru devoir me rappeler à l’ordre en me citant les versets 31 et 32 de la sourate 4.
Je vous en avais même donné lecture en français puisque vous les aviez lus en arabe.
Quant à la réponse qu’il fallait me donner, Madame, elle est la suivante :
Pour devenir musulman, Deux conditions, et rien d’autre !
1ère condition – l’affiliation (être né d’un père musulman)
2ème condition – l’affirmation (prononcer la shaada devant 2 témoins à une autorité musulmane dûment qualifiée pour la recevoir.)
ET RIEN D’AUTRE !
A la sortie de la cérémonie de l’affirmation, celle de la shaada, on est musulman à vie, ad vitam eternam !
Sommes-nous clairs ?
Or donc, quand une personne se présente devant l’autorité chargée de recevoir l’affirmation, quand bien même qu’elle s’assurerait de la volonté manifeste de la personne à devenir musulman, elle ne dispose d’aucun moyen réel pour vérifier le bien fondé des affirmations dites par le converti !
En définitive, si un postulant à l’islam se présente à une autorité musulmane dûment qualifiée afin de recevoir quitus de sa conversion, particulièrement pour raison de mariage avec une musulmane, il n’aura pas à en faire la démonstration du bien fondé de sa conversion, au-delà du 1er pilier de l’islam.
Certes, il lui sera demandé de connaître au moins deux sourates pour la prière, mais l’affaire sera entendue !
La question posée était bien celle qui demande :
· Comment devient-on musulman ?
· Et non pas Comment est-on musulman ?
Dans le 1er cas, nous l’avons vu précédemment.
Dans le 2ème cas, « comment est-on musulman » relève de la pratique des 4 autres piliers de l’islam.
Voilà ce que j’attendais comme réponse de votre part, Madame la Mujtahid
Sur les antinomies contenues dans l’affirmation : athée et musulman
Quand je dis que je suis athée, tout en précisant que je suis, de fait, musulman, cela peut paraître une véritable provocation, puisque les thèses de l’athéisme sont inversement proportionnelles à celles de l’islam.
Dans un contexte d’analyse comparative sur le fond, l’impasse est patente.
Il me paraît donc illusoire de se borner à admettre l’incompatibilité d’une pensée qui nie dieu, et l’islam qui fait de la soumission à dieu son épine dorsale.
Il faut donc sortir du périmètre du champ cultuEL (théologie) pour entrer dans le champ cultuREL (sociologie).
En effet, en n’ayant pas le réflexe quasi mécanique du tout théologie, seule alors la sociologie donne un sens à une telle affirmation, et apporte la lumière.
Or donc, jusqu’à preuve du contraire, la profession de foi (shaada) est le 1er pilier de l’islam. Il confère à celui qui la prononce une étiquette de musulman à vie.
En définitive, ma conduite, ma pensée, mon refus ou ma négligence des 4 autres piliers de l’islam, ne me fait perdre en aucune manière l’étiquette de musulman, elle me collera à la peau à vie.
Suis-je clair ?
Oui ! - Je vous remercie alors de bien vouloir rassembler vos brebis égarées sur Zorap afin de leur donner matière à réfléchir, nantie que vous êtes, maintenant, des précisions fournies.
Non ! - C’est le cadet de mes soucis ! A vous aussi, je souhaite préciser que je ne suis pas payé pour être convaincant dans les forums, néanmoins, je peux gratuitement, être affligeant avec les gens qui auraient été mieux inspirés en restant en audition simple, plutôt que de nous faire subir leurs prétendues connaissances de l’islam.
Pat « dialecticien pour l’érudit ou pyromane pour l’ineptie »
23:12 Publié dans Arrogances, Tartuferies & Stupidités | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Sur les USERS sur ZORAP
Désormais, j’exclurai toutes personnes se présentant dans l’une de mes rooms, qui ne veulent manifestement pas se présenter, non pas à l’écrit, mais à l’oral.
En effet, si j’ai toujours compris les motivations des hôtes et hôtesses qui ne veulent pas accueillir les « USERS », pour ma part, je n’avais pas les mêmes dispositions d’esprit, car j’acceptais volontiers les nouveaux venus.
Le problème – Avec les users, nous ne savons pas qui se présentent, puisque par définition, ces personnes, qu’elles le veuillent ou non, se cachent derrière une identification aléatoire. Elles profitent, souvent, mais pas toujours, de leur anonymat pour exercer leurs exactions :
· Parfois sans gravité : passage d’audio ou de vidéo, sans en demander l’autorisation à l’hôte ou l’hôtesse, prérogative strictement réservée à ces derniers.
· Parfois avec gravité : invectives, insultes, impolitesses
A celles et ceux qui ne maîtrisent pas ou pas encore la procédure de création d’un compte sur ZORAP, je leur demande de ne plus entrer dans mes rooms.
Si vous passez outre mon interdiction, vous serez exclus sans autre forme de procès.
Vous êtes donc prévenus.
Aux personnes qui figurent dans mes contacts, je vous demande de ne pas utiliser la forme USER pour entrer dans mes rooms, car vous risquez inutilement, puisque prévisible, d’être exclues par réaction instinctive et agacée de ma part.
Bon conseil, prévenez vos contacts, afin de vous éviter de venir me demander des comptes, car je n’apprécierai pas votre requête, ayant prévenu, par écrit tout le monde.
Suis-je clair ?
En ce qui concerne mes visites dans la room de mes contacts
Mesdames, Messieurs, sachez désormais, que je n’entretiendrai aucune conversation avec les users.
Néanmoins, si ces derniers m’adressent la parole, sachez que je ne répondrai pas, si je ne reconnais pas la voix.
Vous pouvez certes considérer ma volonté de me taire comme étant une impolitesse, alors que justement je ne l’accepte pas chez autrui.
Cependant, cet article est créé justement pour en expliquer les motivations qui m’animent.
Si donc, je suis invectivé ou insulté, justement parce que je ne veux pas entretenir une conversation avec un ou des users, je vous préviens que je mettrai le feu dans votre room.
En conséquence, merci de m’en interdire l’entrée, d’ores et déjà, ou lors de ma venue, si vous ne souhaitez pas exclure les users.
Il vous appartient aussi de me demander de revenir une autre fois, mesure préventive qui sera bien comprise par moi, je vous l’assure.
Prévenez donc vos users de s’abstenir de m’adresser la parole.
Dans le cas contraire, je crains le pire, si je suis l’objet d’invectives, d’insultes ou d’impolitesses caractérisées.
Sommes-nous clairs ?
Pat « dialecticien pour l’érudit ou pyromane pour l’ineptie»
20:18 Publié dans Annonces & informations | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
16.05.2009
Connaissez-vous Madame Sans-Gêne ?
Madame Sans-Gêne était une femme-soldat nommée Thérèse Figueur et le surnom donné par Napoléon lui-même.
.
Catherine Hubscher était maréchale Lefebvre, duchesse de Dantzig née à Goldbach-Altenbach (Haut-Rhin) le 2 février 1753.
Biographie
Eminent personnage qui marque l'histoire de la vallée de Saint-Amarin, et qui exerce son métier de repasseuse à Oderen.
Catherine, femme de tempérament, d’abord cantinière, puis blanchisseuse, épouse le 1er mars 1783 un soldat, François Joseph Lefebvre, sergent aux gardes françaises, homme coquet et gracieux.
De par l'élévation de son époux, elle intègre la cour impériale sans perdre son vocabulaire et ses manières populaires, au grand dam de beaucoup.
Très loyale envers l'empereur, elle ne se retenait pourtant pas de le critiquer et le désarmait (il ne pouvait se défendre de l'apprécier pour sa franchise et la défendit contre ceux qui voulaient la chasser de la cour) et elle tenait même tête à Talleyrand, pourtant expert en joutes verbales.
Vivant désormais dans une grande richesse, elle n'oubliera jamais ses origines modestes : bonne et généreuse, elle venait en aide à ses proches moins favorisés qu'elle.
Elle eut quatorze enfants dont treize n'atteignirent pas l'âge adulte.
Morte à Paris le 29 décembre 1835, elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise.
.
Source : wikipédia
.
Commentaire :
Heu… ! En définitive, je pense connaître une Madame sans gêne sur skype et zorap. Bon conseil, faites attention à vous, vous risquez d’en perdre votre latin avec elle… !
17:24 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
14.05.2009
Drogue dure !
Il existe une drogue dure que l’on ne soupçonne quasiment jamais…..l’amour !
Comment trouver la relation qui ne provoque pas……..………… l’overdose !
Faut-il consommer l’amour avec modération ?
Qui sait faire ?
Qui connaît le mode d’emploi ?
Qui n’a jamais souffert ?
Qui ne souffrira jamais ?
L’amour pur !
Est une drogue dure !
L’addiction est sévère
On ne s’en relève jamais
Quelle chimère !
Arrêtons d’être niais !
20:00 Publié dans Sociologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
10.05.2009
NOTES DE LECTURE pour la causerie sur zorap du samedi 16 mai sur L'INCONSCIENT
AVERTISSEMENT
Ce qui suit ne doit pas constituer à vos yeux un support didactique. Il n’a pas pour but de canaliser la pensée des participant(e)s, mais modestement servir de tronc commun pour notre causerie. Loin d’être parfaite, cette note de lecture est une simple contribution.
« D'ailleurs il y a des marques qui nous font juger qu'il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et réflexion, i.e. des changements dans l'âme même dont nous ne nous apercevons pas, parce que ces impressions sont ou trop petites et en trop grand nombre ou trop unies, en sorte qu'elles n'ont rien d'assez distinguant à part, mais, jointes à d'autres, elles ne laissent pas de faire leur effet et de se faire sentir au moins confusément dans l'assemblage. » Leibniz - Nouveaux essais sur l’entendement humain.
C’est Leibniz qui le premier a démontré l’insuffisance de la conception cartésienne de la conscience (ou cogito).
Pour Descartes, conscience et pensée étaient intrinsèquement mêlées dans le cogito de telle manière que tout ce que nous pensions nous en avions immédiatement conscience.
Leibniz dissocie quant à lui pensée et conscience en affirmant que bien que nous pensions toujours nous ne sommes pas toujours conscients de ce que nous pensons.
C’est le cas des petites perceptions qui le conduit à avancer cette thèse.
Il faut distinguer celles-ci des aperceptions ou perceptions réfléchies, ces dernières étant ce que nous reconnaissons comme étant les perceptions que nous avons, ce dont on a proprement conscience.
Comment puis-je avoir des perceptions et ne pas savoir que je les ai ?
Il y a une première raison :
J’ai certaines perceptions, mais y suis tellement habitué ou suis tellement captivé par autre chose que je les ignore.
Leibniz affirme que nous sommes à tout moment assaillis par une infinité de perceptions ; une sélection parmi celles-ci est donc nécessaire.
La seconde raison, que Leibniz développe plus amplement, est la suivante : il y a certaines perceptions en moi qui sont trop faibles pour parvenir à la conscience.
Suivons l’argument de Leibniz en nous appuyant sur son exemple privilégié, celui du brut de la mer.
Nous avons des petites perceptions de chaque vague, de chaque goutte peut-être ; ces perceptions s’agrègent (ou plutôt s’intègrent au sens mathématique car le modèle de Leibniz est le calcul intégral qu’il a découvert en même temps que Newton) formant ainsi des perceptions plus globales qui, si elles dépassent un certain seuil d’intensité, parviennent à la conscience.
Autrement dit, si nous demeurons en deçà de ce seuil, nous n’aurons pas conscience du bruit de la mer mais nous n’en continuerons à en avoir des petites perceptions.
Leibniz fait plus ici que limiter les pouvoirs de la conscience car il explique l’émergence de la conscience à partir de l’inconscient.
Leibniz n’use pas explicitement du terme d’ « inconscient ».
Ce sont les philosophes romantiques, au premier rang desquels Schelling, qui sont les premiers à le faire.
L’inconscient est pour eux le fondement de la vie humaine en ce sens qu’il dévoile l’union de l’esprit et de la nature, une force qui dirige tout l’univers et se différencie donc de la conscience humaine.
Schopenhauer quant à lui identifie l’inconscient à l’action chez l’homme de l’instinct sexuel et de l’instinct de conservation.
L’inconscient est une volonté aveugle, non maîtrisée.
On peut enfin citer Nietzsche pour qui la conscience n’est que l’effet de la lutte inconsciente des multiples instincts ou pulsions qui habitent le corps de l’homme.
Freud et la naissance de l’inconscient
Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison, qu'il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique." Freud - Introduction à la psychanalyse.
Cette brève présentation des prédécesseurs de Freud laisse entrevoir des sources d’influence possibles (en premier lieu Schopenhauer).
Mais Freud va également puiser à une toute autre source, les travaux des psychiatres et médecins aliénistes (Janet, Ribot, etc.), principalement français, de la deuxième moitié du 19ème siècle.
Les phénomènes psychopathologiques de la vie inconsciente découverts par eux (par exemple les dédoublements de personnalité) et expliqués en termes d’automatismes psychomoteurs ou encore de symptômes hystériques, vont profondément l’intéresser.
Mais il va néanmoins considérablement transformer l’origine, le sens et la fonction des phénomènes inconscients et promouvoir l’inconscient lui-même en tant qu’entité du système psychique.
Freud privilégiant une démarche scientifique (ses critiques de la philosophie sont souvent acerbes), il est nécessaire de situer sa découverte de l’inconscient dans les manifestations concrètes de celui-ci.
C’est dans sa pratique de l’hypnose puis de l’association libre (parler de tout ce qui passe dans la tête sans effectuer de censure) que Freud découvre qu’il existe des mécanismes inconscients dont le sujet ne peut prendre connaissance.
Mais comment le médecin ou psychanalyste pourrait-il lui-même parvenir à découvrir l’inconscient de son patient si cet inconscient demeure tapi derrière la conscience.
C’est, dit Freud, que l’inconscient se dévoile dans les errements, les lacunes, les « ratés » de la conscience.
D’où le privilège qu’il faut conférer à ces manifestations que sont le rêve (activité de symbolisation du psychisme), l’acte manqué (coupure à l’intérieur des mécanismes conscients) ou encore le mot d’esprit (présentation sous une forme « acceptable » de tendances sinon inavouables).
Il faut ensuite trouver une méthode d’analyse, de décryptage de ces manifestations. Cette méthode, c’est la psychanalyse qui la donnera et qui la mettra en œuvre dans la cure psychanalytique s’appuyant sur le mécanisme du transfert.
Pour Freud, l’inconscient est une composante normale de la vie psychique de l’homme.
Pour Freud il est absolument nécessaire de bien distinguer les phénomènes inconscients des phénomènes latents ou préconscients qui eux sont susceptibles de devenir conscients.
Mais Freud fait également un usage plus « descriptif » de l’inconscient dans lequel celui-ci désigne tout ce qui s’oppose à la conscience.
Pour Freud, le refoulement est un mécanisme de défense qui interdit aux représentations inconscientes menaçant l’intégrité du moi de pénétrer dans la conscience (dans la répression, ces représentations sont repoussées après être passées par la conscience).
Le retour du refoulé sera à l’origine des névroses. Un deuxième mécanisme est celui du compromis qui permet à un désir de s’exprimer tout en étant sévèrement condamné.
C’est donc une double réponse à une situation psychique conflictuelle. Elle sera à l’origine de ce que Freud appelle clivage du moi.
Pour Freud il existe un mécanisme du déplacement par lequel le désir se détourne d’une représentation pour se fixer sur une autre représentation qui lui permettra d’être satisfait tout en perdant son caractère de dangerosité.
Freud précise cependant que le déplacement ne peut jamais annuler totalement la tension initiale.
Situation de l’inconscient dans l’appareil psychique
"L'inconscient est le psychique lui-même et son essentielle réalité. Sa nature intime nous est aussi inconnue que la réalité du monde extérieur, et la conscience nous renseigne sur lui d'une manière aussi incomplète que nos organes des sens sur le monde extérieur." Freud - L’interprétation des rêves.
Freud ayant profondément remanié son système à partir des années 1920.
· Dans la 1ère topique, sont distingués le conscient, le préconscient et l’inconscient (on peut également y ajouter la censure).
L’inconscient est comme la partie immergée de l’iceberg qu’est l’appareil psychique.
C’est le lieu des représentations refoulées, au premier rang desquels les désirs de l’enfance, qui n’ont pu pénétrer le préconscient ou le conscient, le lieu aussi des fantasmes originels (supra-individuels).
Le système inconscient enregistre de plus les excitations provenant des pulsions qui elles-mêmes échappent à l’opposition conscient-inconscient.
L’inconscient est indifférent à la réalité, il ne connaît ni doute ni négation, il méprise la logique et l’ordre.
C’est un flux d’énergie cherchant une expression immédiate. Il est soumis uniquement au principe de plaisir.
· Dans la 2ème topique, l’inconscient n’est plus considéré comme une partie du système.
Celui-ci se divise à présent en ça, moi et surmoi.
Ce n’est bien entendu pas dire que l’inconscient a disparu de la pensée freudienne (!) mais simplement que c’est devenu une qualité, un adjectif qui qualifie avant tout le ça mais aussi, pour une part du moins, le moi et le surmoi.
Le ça est le pôle des pulsions ; il est la source à laquelle puise la libido ; c’est l’instance primitive par rapport à laquelle vont se détacher le moi et le surmoi.
Ajoutons que le mot « ça » indique bien le caractère impersonnel de cette instance. Il y a de grandes similitudes entre le ça et l’inconscient de la première topique.
Cependant, l’inconscient n’est pas propre au ça ; les processus de défense du moi sont par exemple inconscients ; une autre différence s’établit au niveau du rapport au biologique car les relations du ça à l’organisme sont bien plus étroites que celles de ce dernier avec l’inconscient.
Au-delà de Freud – développements et critiques
Dans Malaise dans la civilisation, Freud s’était intéressé aux analogies entre le développement psychique de l’individu et le développement de la société.
Mais alors, il continuait à penser le second sous le modèle du premier sans qu’il y ait véritablement interaction entre eux.
Jung va quant à lui traiter cette question en profondeur en théorisant l’inconscient collectif.
Celui-ci résulte du transfert d’une génération à l’autre de certaines expériences humaines et ce depuis les premiers ancêtres.
Il est composé d’archétypes évoqués sous forme d’images et de symboles, dans les légendes, les rêves, etc.
Ces archétypes sont fondamentaux pour l’homme.
Bien que Jung ait pris soin de dire que ce n’étaient pas les représentations elles-mêmes qui étaient héréditaires mais la capacité à évoquer ou sélectionner certaines représentations du « patrimoine représentatif », il n’en reste pas moins que sa conception a pu être profondément critiqué et dénoncée comme obscure.
Elle a cependant suscité des réflexions originales par exemple chez le psychiatre martiniquais Fanon qui, prenant pour objet d’étude le monde colonial et plus précisément les relations entre colonisateur et colonisé, a repris la notion d’inconscient collectif en la définissant comme un ensemble d’attitudes et de préjugés communs issus des discours et modèles culturels et éducatifs.
L’inconscient collectif n’est plus une structure héréditaire mais la conséquence pour chacun de l’intériorisation (l’introjection) des réalités sociales.
Participant de la « vague » structuraliste visant à fonder les sciences humaines sur le modèle du langage (tel qu’il était théorisé dans la linguistique de Saussure), Lacan suit Freud pour dire que l’inconscient ne respecte pas les lois logiques et temporelles, mais ajoute qu’il n’en est pas moins structuré comme un langage.
L’inconscient c’est l’ « autre scène » où « ça parle ». Les mécanismes de l’inconscient sont alors les mécanismes linguistiques de la métaphore, de la métonymie, etc.
Quant aux critiques de la conception freudienne de l’inconscient.
Sans aucunement prendre parti, on peut juger que beaucoup des critiques les plus acerbes furent des critiques « réactives » visant avant tout la prétention de Freud à destituer la conscience de son piédestal ou dénonçant tout simplement le phénomène de « mode » que fut la psychanalyse.
Sartre propose lui une véritable alternative à la psychanalyse en défendant ce qu’il appelle une psychanalyse existentielle.
Ce que Sartre reproche à Freud c’est d’avoir fait de l’inconscient une substance, une entité à part, un autre moi qui est étranger à la conscience.
Ainsi, écrit Sartre, Freud laisse libre cours à la mauvaise foi en ignorant
le fardeau de la liberté, c’est-à-dire la nécessité du choix.
Il y a bien un inconscient, mais celui-ci n’est rien d’autre que les empreintes de nos expériences, de notre vécu, de ce qui nous a formé et dont nous pouvons ne pas avoir connaissance.
Il y a une autre critique de l’inconscient et plus généralement de la psychanalyse qui vise sa scientificité (à laquelle Freud tenait beaucoup), c’est la critique de l’épistémologue Popper.
En effet, pour Popper, une théorie est scientifique lorsqu’elle peut être mise à l’épreuve empiriquement, être réfuté.
La psychanalyse ne satisfait pas à cette condition tout simplement parce que l’inconscient est inaccessible (si ce n’est dans la cure qu’on ne peut considérer comme un lieu valide d’expérimentation).
Plus encore, elle tend à interdire toute réfutation en jugeant les critiques qu’on pourrait lui faire comme des résistances inconscientes de leurs auteurs !
Quant à la prétendue originalité ou nouveauté de la théorie freudienne.
Une telle critique a été développée par Foucault, lui-même influencé par Heidegger qui s’est opposé avec virulence à la psychanalyse (sans pour autant étayer sa critique) parce que celle-ci restait profondément ancrée dans la tradition métaphysique avec laquelle il voulait rompre.
Foucault cherche à montrer que la connaissance psychanalytique s’enracine dans un système de connaissances (épistème) datant de la fin du 18ème siècle (et, selon lui, prêt à s’éteindre) et dont l’objet est une vérité qui est toujours vérité de l’homme et vérité sur l’homme (une anthropologie philosophique).
En bref (ce qu’il faut retenir pour la causerie)
`
· Les petites perceptions (Leibniz) : Il y a en nous une infinité de perceptions.
Beaucoup d’entre elles ne pénètrent pas la conscience soit parce que celle-ci est accaparée par d’autres perceptions soient parce que leur combinaison ne parvient pas à dépasser le seuil d’intensité qui nous les rendrait conscientes.
· L’inconscient freudien :
Le rêve, l’acte manqué, le mot d’esprit manifestent l’existence de l’inconscient.
Celui-ci n’est pas un « défaut », mais fait partie de la vie psychique « normale ».
Les contenus inconscients ne peuvent jamais parvenir à la conscience (sauf dans la cure psychanalytique) et se distinguent ainsi des contenus préconscients.
La conscience (le moi) dispose de mécanismes de défense contre la menace que représente l’inconscient : le refoulement, la formation de compromis, le déplacement, etc.
· L’inconscient dans l’appareil psychique :
Freud a donné deux représentations (topiques) successives du système psychique : « conscient – préconscient – inconscient » puis « ça – moi – surmoi ».
Dans la première l’inconscient est une entité, dans la seconde c’est un adjectif qui qualifie intégralement le ça mais pour une part aussi le moi et le surmoi.
L’inconscient (le ça) est le lieu des représentations refoulées, des fantasmes, des pulsions. Il est rebelle à la logique, à l’ordre, à la réalité et vise une satisfaction immédiate.
· L’inconscient collectif :
Il y a selon Jung une transmission, de génération en génération d’archétypes psychiques, évoqués sous la forme de symboles et d’images.
Cette conception héréditaire a été critiquée et parfois remplacée par une conception de l’inconscient collectif comme intériorisation des réalités économiques et sociales.
· Les critiques de l’inconscient :
Sartre a refusé le geste freudien faisant de l’inconscient une substance, un autre moi car cela revenait, selon lui, à évacuer la question fondamentale de la liberté.
Popper a nié le caractère scientifique de la psychanalyse, l’inconscient ne se laissant pas découvrir par expérimentation.
Foucault a remis en question l’originalité de la psychanalyse en montrant comme elle se rattachait à un système de pensée vieux de deux siècles.
Indications bibliographiques
Foucault - Histoire de la folie à l’âge classique,
Freud -Abrégé de psychanalyse, Introduction à la psychanalyse, L’interprétation des rêves, Le moi et le ça,
Leibniz - Nouveau essais sur l’entendement humain,
Sartre, l’être et le néant – essai d’ontologie phénoménologique,
Schopenhauer - Le monde comme volonté et comme représentation.
23:30 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




















