19.05.2009

Mourad Ouchichi (Professeur d’économie à l’université de Béjaïa)

mourad ouchichi.jpg« L’accord d’association avec l’UE a été très mal négocié »

 

Les autorités algériennes, représentées par le directeur du commerce extérieur au département de Hachemi Djaâboub, ont établi récemment un bilan négatif des quatre années ayant suivi la mise en œuvre de l’accord d’association signé en septembre 2005 avec l’Union européenne.

 .

Pensez-vous que l’Algérie est plutôt victime d’un accord mal négocié ?

 

Il est à la fois curieux et révélateur de voir les responsables algériens faire le bilan (souvent négatif) des actions qu’ils avaient eux-mêmes initiées.

 

Pourtant, avant la signature de l’accord d’association, en 2002, avec l’Union européenne (UE), plusieurs observateurs et experts avaient mis en garde les autorités quant aux risques d’adhésion à une zone de libre-échange (ZLE) avant d’entamer les réformes structurelles nécessaires au passage de l’économie nationale vers une économie productive.

 

Pour revenir à votre question, effectivement l’Accord d’association avec l’UE est très mal négocié. Pourtant, les autorités avaient pris tout le temps nécessaire. L’Algérie est le dernier pays maghrébin à avoir signé l’accord avec l’UE.

 

Il lui avait fallu plus de 6 ans (le début des négociations a eu lieu en 1996) pour prendre la décision de ratifier son accord.

 

Dès lors, la question est celle de savoir pourquoi l’Algérie n’a pas bien négocié l’Accord d’association avec l’UE.

 

Contrairement à ce qu’avançait le discours officiel de l’époque, expliquant le report de la ratification de l’Accord d’association avec l’UE par la non-reconnaissance de cette dernière des spécificités de l’économie algérienne, le pouvoir algérien durant la deuxième moitié des années 1990 a utilisé l’Accord d’association pour exercer « une sorte de chantage » sur l’UE et la communauté internationale.

 

C’est-à-dire qu’en échange de l’acceptation des exigences européennes, le pouvoir algérien cherchait l’obtention d’un soutien clair de l’UE à sa politique du « tout sécuritaire » engagée après l’arrêt du processus démocratique.

 

Rappelons que l’article II des accords d’association conditionne la coopération entre les deux parties partenaires par le respect des droits de l’homme.

 

La signature de l’accord, le 21 avril 2002, s’inscrit dans la même logique. L’Algérie n’avait pas accepté d’intégrer la ZLE après des années d’attente, parce que l’Union européenne aurait fait une concession, mais simplement parce que cela répondait aux nouvelles orientations politiques du régime.

 

Rappelons que depuis son arrivée au pouvoir, Abdelaziz Bouteflika avait fait de la réintégration de l’Algérie sur la scène internationale une priorité absolue.

 

La signature de l’Accord d’association avec l’UE tombait à point nommé. Ceci dit, les lenteurs et les retards accusés dans la ratification de l’accord ne répondaient nullement au souci de vouloir obtenir des concessions économiques, mais plutôt pour arracher un soutien politique.

 

Quand un régime politique est en manque de légitimité populaire acquise par le suffrage universel, il ne peut négocier en position de force avec l’extérieur.

 

C’est une règle qui n’accepte pas d’exception au niveau des relations politiques et économiques internationales.

 

Les entreprises algériennes sont confrontées à des contraintes liées aux conditions techniques et réglementaires d’accès au marché européen.

 

Pensez-vous que les entreprises algériennes ne sont pas à la hauteur des standards européens, tel que ceci est avancé par la partie européenne, ou bien sont-elles plutôt victimes d’une politique protectionniste, voire ségrégationniste au sein du marché européen ?

 

Il ne faut pas se mentir à soi-même. Après plus de 40 ans de gestion rentière et hasardeuse de l’économie nationale, il est évident que l’Algérie ne dispose pas d’entreprises fonctionnant selon les normes internationales.

 

Le produit algérien, mis à part quelques exceptions insignifiantes, est d’une qualité déplorable.

 

Les entreprises encore existantes s’avèrent incapables de se placer sur le marché national devant la concurrence chinoise et asiatique de qualité douteuse.

 

Alors que dire du marché européen ?

 

L’explication de cet état de fait n’est pas difficile ; lorsqu’une entreprise n’est pas soumise aux pressions de la concurrence et quand celle-ci évolue dans un environnement rentier, elle perd sa vocation de créatrice de richesses pour devenir un canal de transmission de la rente.

 

Compte tenu donc de la nature rentière et distributive de l’économie nationale (et c’est un choix politique du régime), l’entreprise algérienne n’est pas à la hauteur des standards internationaux en matière de qualité et de services.

 

Quant au second volet de votre question, à l’exception des produits agricoles qui bénéficient d’une protection clairement affichée par l’UE (à cause de la Politique agricole commune, PAC), on ne peut pas dire que l’UE pratique une politique protectionniste ou ségrégationniste à l’égard de ses partenaires.

 

C’est aux négociateurs des pays du sud de la Méditerranée d’exercer les pressions nécessaires pour l’ouverture des négociations sur le volet agricole. Mais encore une fois, peuvent-ils le faire ?

 

Ne pensez-vous pas que les restrictions imposées à Sonatrach sur le marché européen n’ont aucun lien avec les exigences de conformité avec les standards européens et internationaux ?

 

A l’instar des autres puissances dominantes du marché mondial, l’UE use de tout son pouvoir pour défendre ses intérêts.

 

Il n’y a qu’à observer le déroulement des réunions de l’OMC, où les pays industrialisés, à commencer par les USA, bloquent toutes les décisions qu’ils jugent contraires à leurs intérêts stratégiques.

 

Les rapports de domination Nord-Sud ne sont un secret pour personne.

 

Pour ce qui est du cas des démêlés de Sonatrach avec certains pays européens, il est vrai que le marché international des hydrocarbures, de par son caractère stratégique est régi par des rapports de force qui parfois piétinent sur la seule logique économique.

 

Le cas des difficultés que rencontre Sonatrach est à ce propos édifiant. Mais encore une fois, c’est à l’Etat algérien d’user de ses influences et de sa diplomatie pour défendre les intérêts de ses entreprises à l’international.

 

Cette évaluation préliminaire de l’Accord d’association avec l’UE est-elle de nature à permettre l’ouverture d’une zone de libre-échange à l’horizon 2017, une des clauses de cet accord en question ?

 

Il faudra préciser d’abord que les trois principaux axes de l’Accord d’association signé entre l’Algérie et l’UE sont en ordre de priorité comme suit.

 

Primo, un dialogue politique permanent et une coopération judiciaire régulière ; l’Algérie s’est engagée à lutter efficacement contre l’immigration clandestine et à fournir des informations concernant les affaires liées au terrorisme et aux crimes organisés, etc.

 

De son côté, l’UE, par le biais du programme Meda-démocratie, accompagne la transition politique du pays. Une question s’impose, cette transition politique était-elle souhaitée par le régime algérien ?

 

La réponse est évidemment « non », si l’on tient compte des conditions de préparation et de déroulement et des résultats des élections organisées depuis la signature de cet accord.

 

Secundo, l’établissement d’une zone de libre-échange entre l’UE et tous les pays de la Méditerranée en conformité avec les règles de l’OMC, les dispositions relatives à la liberté d’établissement, la libéralisation des services, la libre circulation des capitaux et l’application des règles communes de la concurrence.

 

Tertio, sur le plan social et culturel, l’UE et l’Algérie se sont engagées à promouvoir toutes les initiatives des acteurs algériens et leurs homologues européens visant le renforcement des liens entre sociétés civiles et peuples de la Méditerranée.

 

Pour revenir à votre question, cette évaluation préliminaire de l’Accord d’association avec l’UE, aussi grisâtre soit-elle, ne peut être de nature à remettre en cause la mise en œuvre de la zone de libre-échange pour au moins deux raisons.

 

Premièrement, l’Algérie est en négociations pour adhérer à l’OMC (je pense que la décision politique d’adhésion est déjà prise), donc on ne peut pas, d’un côté vouloir adhérer à l’OMC, et de l’autre entraver la mise en place d’une ZLE.

 

Deuxièmement, le pouvoir en place n’a pas les capacités politiques nécessaires pour s’opposer aux clauses d’un accord avec une puissance aussi importante que l’UE, du fait du déficit de légitimité interne dont il souffre.

 

Quels seront les risques et les enjeux d’un démantèlement tarifaire plus poussé ?

 

L’accroissement du degré d’ouverture commerciale avec l’UE, qui se matérialise à travers le démantèlement des barrières tarifaires et non tarifaires, va entraîner au minimum quatre conséquences.

 

Il s’agit d’abord d’un déséquilibre budgétaire. C’est-à-dire que les conséquences immédiates de l’ouverture économique et leur gestion impliquent une baisse des recettes budgétaires d’un côté, et l’augmentation des dépenses publiques, d’un autre.

 

En effet, le manque à gagner fiscal et l’accroissement des importations encouragé du fait du démantèlement tarifaire provoquent généralement des déséquilibres importants du solde budgétaire.

 

Pour y faire face, les Etats procèdent généralement à d’importantes dépenses publiques et à des dévaluations (directe ou par glissement) atteignant parfois plus de 50% de la valeur de la monnaie nationale.

 

Ces mesures, à leur tour, ne sont pas sans conséquences sur le pouvoir d’achat des citoyens, la paix sociale… Il s’agit, ensuite, d’un creusement du déficit commercial. Le libre-échange peut être une cause du déficit commercial, particulièrement lorsqu’il s’établit dans une région où les rapports de domination économique et de polarisation d’échanges existent (c’est le cas entre l’UE et l’Algérie).

 

La hausse des importations des produits industriels provenant de l’Europe suite à l’établissement de la ZLE est une perspective évidente pour au moins deux raisons.

 

Cette opération de libre-échange provoquera d’abord la substitution des importations algériennes en provenance des autres pays industriels non concernés par les avantages douaniers accordés aux produits européens.

 

Il faut s’attendre, ensuite, à une progression de la consommation interne des produits européens importés.

 

Cette hausse pèsera, à l’évidence, négativement sur la balance commerciale algérienne.

 

Il est question aussi d’une probable régression de la croissance. A moyen terme, l’ouverture graduelle aux produits industriels européens aura deux effets sur la croissance.

 

Il faut s’attendre à une baisse de l’activité dans les secteurs non concurrentiels qui étaient jusque-là protégés, mais aussi à une déstabilisation des rythmes de production suite à la réaffectation des facteurs, particulièrement dans la période de transition vers de nouvelles spécialisations.

 

Un démantèlement tarifaire plus poussé aura un autre effet négatif sur l’emploi. La soumission des secteurs protégés de l’industrie locale à la concurrence européenne provoquera des pertes certaines d’emplois.

 

Sous l’effet de la pression d’une forte concurrence, les entreprises locales tenteront de se mettre à niveau par la réduction des charges salariales.

 

Dès lors, il n’est pas excessif d’affirmer que l’ouverture de la ZLE, du moins dans ses débuts, conduira à des pertes d’emplois et provoquera l’exacerbation des crises sociales, voire politique.

 

Pourquoi, selon vous, les aides de l’Union européenne accordées à la Tunisie et au Maroc sont plus importantes que celles attribuées à l’Algérie ?

 

Pensez-vous que l’Algérie devrait demander une révision de certaines clauses de son accord avec l’UE ?

 

Nous avons effectué une étude dans le cadre d’un travail qui se voulait comme une contribution à la définition des conditions de succès des accords d’association euroméditerranéens, sur les programmes de mise à niveau des entreprises maghrébines pour faire face aux conséquences de la création de la ZLE.

 

Les résultats sont édifiants à plus d’un titre. Si l’Algérie n’a pas bénéficié de plus d’aides de l’UE, ce n’est pas parce que cette dernière n’en accordait pas, mais parce que l’Algérie n’utilise même pas ses parts.

 

C’est le même phénomène que l’on peut constater au niveau de l’exploitation du programme financier Meda, consacré à la société civile (ONG, partis politiques…).

 

En fait, pour bénéficier de ces aides, il faut au préalable présenter à la Commission européenne et ses différents organismes des projets concrets et viables.

 

Or, nous avions constaté que les entreprises algériennes, contrairement aux sociétés marocaines et tunisiennes, n’avaient pas de visions claires de ce qu’elles voudront faire.

 

L’Etat qui devait jouer le rôle d’accompagnateur ne l’a pas fait. Résultat, l’Algérie ne consomme même pas sa part des aides accordées par l’Union européenne.

 

Par ailleurs, le problème de la mise à niveau de l’économie algérienne ne se pose pas en termes de manque de financement. Nos banques sont submergées par des surliquidités.

 

Le pays possède les capacités financières suffisantes pour devenir en quelques années un géant économique régional, pourquoi pas continental.

 

Le problème de l’économie algérienne est d’une autre nature : le régime politique en place ne peut pas s’accommoder d’une économie productive qui, à terme, transférera le pouvoir économique vers la société.

 

En d’autres termes, le régime en place préfère une économie rentière et distributive qui lui assure la domination politique de la société.

 

Par Ali Titouche

 

source : EL WATAN

24.03.2009

Des cadres d'AIG vont rendre 50 millions de dollars de primes

P957177D870868G_apx_470__w_ouestfrance_.jpgDes cadres de l'assureur américain AIG ont accepté de rendre environ 50 millions de dollars au total provenant des primes qu'ils ont reçues. : Reuters

 

Quinze des 20 principaux cadres dirigeants de l'assureur américain AIG bénéficiaires de primes ont accepté de rendre la totalité de leurs bonus.

 

Selon Andrew Cuomo, Procureur général de New-York, cette décision représenterait un montant d'environ 50 millions de dollars.

 

Le responsable de la Justice espère qu'au final la moitié des 165 millions de dollars de primes versées par AIG sera récupérée.

 

Une porte-parole d'AIG a par ailleurs annoncé tard hier soir la démission d'une poignée de hauts dirigeants de la division des produits financiers, dont la responsabilité dans la quasi-faillite du groupe a été pointée du doigt par les autorités américaines.

AIG a versé 165 millions de dollars en primes à des cadres de la société, alors que l'Etat a injecté 170 milliards de dollars pour la sauver de la faillite, ce qui a provoqué la colère de l'opinion publique et du Congrès.

 

17.10.2008

Un nouveau Bretton Woods pour quoi faire ?

A la faveur de la crise, l'Europe souhaite saisir l'opportunité historique d'une réforme du système financier international. Elle a obtenu des Américains la tenue d'un sommet sur la question d'ici la fin de l'année.

 

L’Europe souhaite écrire un nouveau chapitre dans l’histoire de la finance. Car le système financier international basé sur la dérégulation, défendu par les Etats-Unis, est aujourd’hui dévasté. L’intervention massive des Etats pour venir au secours des banques et d’investisseurs déboussolés a signé sa faillite.

 

Lors du conseil européen de Bruxelles, jeudi, les 27 ont appelé la tenue d’un sommet mondial sur la question. L’initiative en revient à Nicolas Sarkozy. En septembre, à la tribune de l’ONU, le président français avait le premier demandé la convocation du groupe des pays les plus industrialisés, le G8, élargi aux grands pays émergents (Chine et Inde notamment). Nicolas Sarkozy souhaite que cette réunion se tienne avant la fin de l’année. Dès novembre si possible. « L’Europe le veut, l’Europe le demande et l’Europe l’obtiendra », a-t-il martelé jeudi en tant que président en exercice de l’Union.

 

Les Européens ont une opportunité historique. Lors des derniers G8, les Etats-Unis se sont à chaque fois opposés aux appels des dirigeants allemands et français, notamment, en faveur de plus de transparence et de contrôle de la finance mondiale. Or l’administration américaine est désormais discréditée.

 

Georges Bush a d’ailleurs accepté cette idée d’un sommet international, qui a fait florès. Pour inventer « une nouvelle architecture financière », il faut « un nouveau Bretton Woods », s’est enthousiasmé Gordon Brown, le premier ministre britannique.

 

Bretton Woods est le nom de la conférence, en 1944, qui a permis aux alliés de jeter les bases d’un nouveau système financier et monétaire international. Ils escomptaient ainsi favoriser la reconstruction et assurer le développement économique d’après guerre. Bretton Woods est un Graal. Comme le plan Marshall, où les accords de Grenelle, c’est le symbole de quelque chose qui a fonctionné. En effet, jusqu’à la fin de la convertibilité or du dollar, en 1971, l’économie mondiale a été épargnée par les soubresauts majeurs.

 

L’Europe veut mettre sur la table la question des fonds spéculatifs, des agences de notation, mais aussi des paradis fiscaux. « Il faut travailler dans trois directions », a préconisé François Pérol, le secrétaire général de l’Elysée, chargé de l’économie, lors d’une conférence organisée par l’UMP, mercredi. La première étant « un système de régulation financière qui soit fondé sur le contrôle de tous les agents financiers », fonds spéculatifs compris. La deuxième viserait la mise en place d’un « gouvernement économique mondial qui ne serait pas réduit au G8 ». Enfin, ce nouveau Bretton Woods aurait vocation à mettre en place « un système de coopération monétaire entre les grands Etats », a détaillé François Pérol.

 

Une des raisons de cette crise, « ce sont les dérèglements monétaires des années 90 et du début des années 2000, qui ont vu les Etats-Unis, la Chine et l’Europe, chacun dans leur coin, mener une politique différente », estime ce proche collaborateur de Nicolas Sarkozy.

 

Qui dit contrôle dit transparence. Elle est essentielle parce qu’elle permet « de réduire l’asymétrie d’information entre un investisseur et un gestionnaire de fonds, de repérer les fauteurs et de limiter les comportements déviants », explique Bruno Biais, directeur de recherche au CNRS. Mais la transparence importe aussi dès lors que la finance a la particularité de présenter un risque systémique. Si un établissement fait faillite, il menace les autres d’un effet domino. « Toutes les institutions financières détiennent des titres de propriété sur la richesse des autres banques. Une fois que la crise a éclatée, on se rend bien compte que tout le monde devient très méfiant, car personne ne sait à quel point cet effet domino va jouer », observe Bruno Biais.

 

Inévitablement, cela pose le problème des paradis fiscaux. « Si les Etats font le choix de plus de règles, c’est évidemment problématique si vous avez la possibilité de ne pas les suivre dans telle petite île paradisiaque », souligne le chercheur.

 

En 1944, la finance était encore balbutiante. La conférence de Bretton Woods a essentiellement donné lieu à une refonte du système monétaire. Aujourd’hui, une telle réforme s’impose-t-elle ? Lors de chaque G8 finance, la sous-évaluation du yuan, la monnaie chinoise, est pointée du doigt. « Cette question est importante parce qu’elle conditionne les flux d’épargne et d’investissement au niveau mondial », explique Christophe Blot, économiste à l’OFCE. La faiblesse du yuan encourage la constitution d’énormes réserves de change de la part de la Chine. « Mais ces réserves ne sont pas investis sur les titres les plus risqués. Au contraire, elles se portent sur la dette publique américaine », remarque-t-il. En revanche, en alimentant la demande de titres publics, ces réserves « diminuent leur rendement. Ces réserves peuvent donc conduire d’autres agents, fonds de pension, Sicav, à se détourner vers des produits plus risqués », observe Christophe Blot.

 

Année par année, la Chine procède déjà à une appréciation progressive de sa monnaie par rapport au dollar. Peut-on lui demander d’accélérer le mouvement ? Ce serait un des enjeux de ce sommet consacré à la finance.

 

Source : l’expansion.com

 

29.09.2008

18 septembre 2008 : Le fantôme de 1929

MARX.jpgVoici que l'on reparle avec insistance de la crise économique de 1929 en appréhendant ses tragiques conséquences : le nazisme et la Seconde Guerre mondiale. La comparaison a ses limites comme l'explique Michel Psellos...

 

À Washington, Henry Paulson, Secrétaire d'État au Trésor, a annoncé le 18 septembre 2008 un plan de 700 milliards de dollars pour éviter l'effondrement de la bourse et une crise économique mondiale... L'annonce a été bien accueillie par les milieux financiers. Cette intervention brutale de l'État, avec à la clé la prise en gage de la première entreprise d'assurance du pays, AIG, offre au système financier un sursis que personne n'attendait plus.

La crise, maintes fois annoncée, a éclaté début août 2007, avec la faillite de plusieurs établissements de crédit qui avaient imprudemment accordé des prêts pourris («subprimes») à des ménages pauvres, désireux de s'offrir la maison de leurs rêves. Ces établissements avaient gagé leurs prêts sur la valeur hypothécaire de ces maisons mais l'effondrement du marché de l'immobilier a réduit à néant ces gages...

 

Des références historiques limitées

 

C'est un phénomène semblable qui a été à l'origine du krach d'octobre 1929, si ce n'est qu'à l'époque, les ménages empruntaient pour acheter des actions et non des maisons !

 

Mais la comparaison s'arrête là car les banques centrales et les gouvernements, instruits par l'expérience, ont réagi cette fois-ci en insufflant des liquidités dans le marché interbancaire au lieu de l'assécher.

 

Entre deux maux, l'inflation et la déflation, ils ont choisi le premier.

 

La crise devrait donc rester circonscrite aux acteurs financiers imprudents.

 

Pour l'essentiel, les banques d'investissement et fonds d'arbitrage anglo-saxons connaîtront des faillites totales ou partielles, avec des «plans de défaisance» analogues à ceux connus par des opérateurs français après la récession franco-allemande de 1993 (Comptoir des Entrepreneurs, Crédit Foncier et Crédit Lyonnais).

 

Une autre partie du secteur financier tirera plutôt profit de la crise : ce sera le cas de la plupart des banques commerciales à réseau et compagnies d'assurance françaises, allemandes et anglo-saxonnes restées prudentes.

 

Il restera à resserrer le contrôle du secteur financier sous la supervision du Fonds Monétaire International (FMI) et des banques centrales nationales ou régionales comme la Banque Centrale européenne, jusqu'à la prochaine crise qui viendra des interstices laissés ouverts dans la nouvelle réglementation...

 

La crise ne devrait se propager qu'assez peu à l'économie réelle : on peut toutefois s'attendre à une récession d'un an ou dix-huit mois comparable à la récession franco-allemande de 1993... Rien à voir avec la profonde dépression des années 30.

 

NB : la référence aux accords de Bretton Woods n'est qu'un gimmick politico-journalistique sans plus de consistance que les sempiternelles références à un «plan Marshall» de ceci ou de cela (les banlieues, l'environnement, les pays de l'Est, etc...). Bretton Woods avait remis d'aplomb le système monétaire international (= les monnaies), et non le système financier (= les banques), aujourd'hui en crise.

 

Tous coupables

 

Aujourd'hui, il est de bon ton de rendre responsables de la crise les traders, les spéculateurs, les banquiers et les grands patrons, prêts à s'enrichir par tous les moyens.

 

Cela est vrai en première analyse mais c'est oublier qu'en dernier ressort, les responsabilités sont politiques. Ce sont les dirigeants occidentaux qui, au début des années 1980, à la suite de la «Révolution conservatrice» de Ronald Reagan, ont entrepris de déréguler la finance mondiale au nom d'a priori idéologiques qui n'ont rien à voir avec le libéralisme d'Adam Smith et des autres économistes des Lumières qui mettaient en avant les exigences morales et l'État de droit.

 

Cette politique ultra-libérale a été plébiscitée par les citoyens américains, dont les retraites sont gagées sur les profits des fonds de pension et, donc, les résultats de la Bourse (c'est le principe des«retraites par capitalisation»).

 

Les grandes entreprises ont dû rechercher à tout prix un taux de profit annuel de 15% (alors que celui-ci, en toute logique, ne peut dépasser, sur le long terme et en moyenne, le taux de croissance économique, de 2 à 5% depuis plusieurs décennies).

 

Les droites européennes et même une partie de la gauche, sous François Mitterrand, ont embrayé. Jusqu'à Nicolas Sarkozy, qui a plaidé en des temps pas si lointains pour le développement des retraites par capitalisation et du crédit hypothécaire, allant jusqu'à proposer de «dépénaliser le droit des affaires»... Quand les bornes de la morale s'estompent à ce point, difficile de reprocher aux seuls spéculateurs de les outrepasser.

 

Recomposition géopolitique

 

On est en droit d'espérer que l'actuelle crise ne débouchera pas sur un cataclysme comme celui qui a suivi le krach de 1929 mais elle n'en générera pas moins de fortes secousses sismiques qui pourraient accélérer la recomposition des équilibres planétaires au profit de la Chine et au détriment de l'Europe et des États-Unis.

 

En Europe, l'industrie, asthénique, n'en finit pas de dériver. Aux États-Unis, General Motors, naguère la première entreprise mondiale, est en pleine déroute.

 

Dans les prochaines années, jusqu'en 2014, la Nasa, faute d'avoir renouvelé à temps ses navettes, devra faire appel aux fusées russes (!) pour ses expéditions spatiales...

 

Tandis que coulent quelques-unes des plus prestigieuses institutions financières de Wall Street et que l'on s'interroge sur l'hôte futur de la Maison Blanche (un jeune métis ou un vétéran de la guerre du Vietnam?), voilà qu'après l'ouverture éclatante des Jeux Olympiques de Pékin, le 8 août 2008, les Chinois s'offrent ce 25 septembre 2008 le lancement d'une troisième fusée avec sortie d'un «taïkonaute» dans l'espace !

 

Qui eut envisagé pareille conjonction d'événements il y a tout juste dix ans ou en 1976, quand la mort de Mao laissait la Chine misérable et au bord de la guerre civile ?...

 

Michel Psellos – Herodote.net