24.03.2009
Iran : le geste d'Obama
« Washington veut voir l'Iran prendre la place qui lui revient de droit dans la communauté des nations... Une place qui ne peut être atteinte par la terreur ou les armes. »
Le message vidéo envoyé, la semaine dernière, par Barack Obama, aux dirigeants de la République islamique d'Iran ainsi qu'au peuple iranien, est un tournant symbolique important de la diplomatie américaine.
Le guide suprême, l'ayatollah Khamenei, en a limité la portée, « attendant des changements dans les actes et pas seulement dans le discours ».
On se souvient que George W. Bush classait l'Iran dans « l'axe du mal ».
Son successeur reconnaît, non seulement le statut régional incontournable de l'Iran, en invitant les Iraniens à participer aux discussions sur l'avenir de l'Afghanistan, mais plus encore son régime, en appelant directement la « République islamique » par son nom.
Par ce geste, qui précède l'élection présidentielle en Iran, le Président américain ne reste pas seulement fidèle aux promesses de changement et d'ouverture faites lors de sa campagne électorale.
Il espère influencer directement les électeurs iraniens.
Voyez, dit-il au peuple iranien qui, dans sa majorité, a souhaité son élection à la présidence des États-Unis : « L'Amérique a changé. Quand l'Iran va-t-il changer à son tour ? Soyez raisonnables sur la question du nucléaire militaire et tout redeviendra possible entre nous. »
Or, le régime Iranien a utilisé, depuis des décennies, l'hostilité déclarée des États-Unis pour consolider sa mainmise sur le pays.
La réticence dont il fait preuve à l'égard des ouvertures américaines montre qu'il est bien conscient du danger.
C'est en cessant de parler de « changement de régime » que Washington fragilise potentiellement le régime des mollahs ou, pour le moins, les plus radicaux d'entre eux, regroupés derrière la figure du Président Ahmadinedjad.
L'initiative du Président américain constitue aussi un double message à destination de la Russie et d'Israël.
Le geste d'ouverture à l'égard de Téhéran démontre à Moscou la flexibilité nouvelle de Washington. « Si la relation entre l'Iran et les États-Unis demeure au point mort, ce n'est pas de notre faute ! À vous d'en tirer des conséquences ; souhaitez-vous vraiment voir un de vos nombreux voisins devenir une puissance nucléaire de plus ? Si ce n'est pas le cas, rejoignez le camp de la raison avec clarté et soutenez nos initiatives diplomatiques. »
Le message à l'égard d'Israël est plus clair encore.
Alors qu'une coalition de droite, intégrant même des éléments d'extrême droite comme le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, arrive au pouvoir, Washington renvoie un message sans ambiguïté à l'État hébreu.
« Mon prédécesseur, George W. Bush, ne vous a pas soutenus dans votre projet d'attaques préventives sur le potentiel nucléaire iranien. N'attendez pas plus de compréhension de ma part. »
Il ne faut pas attendre de résultats spectaculaires du geste américain.
Le régime des mollahs, en dépit de sa piètre gestion de l'économie et du social et de sa « lourdeur idéologique », n'est pas sur le point de disparaître ni de réduire ses ambitions nucléaires.
Avec une crise économique d'une ampleur unique et avec deux guerres sur les bras, en Irak et en Afghanistan, l'Amérique n'a sans doute pas les moyens de ses ambitions diplomatiques initiales.
L'ouverture à l'Iran n'en constitue pas moins un geste symbolique d'une grande importance.
Dominique Moïsi
Conseiller spécial de l'Ifri (Institut français des relations internationales), professeur invité à l'Université d'Harvard.
Source : Ouest-France
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22.03.2009
Obama offre un nouveau départ à l'Iran

Après 30 ans de froid, le Président américain a adressé un message de Nouvel an aux dirigeants de la République islamique.
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George Bush rêvait de renverser le régime des mollahs, qu'il avait rangé sur l'Axe du mal. Eh bien, apparemment, c'est terminé !
Et c'est sans doute l'essentiel du discours adressé, hier, par Barack Obama, à l'occasion de Nowruz, la fête persane du Nouvel an.
Établir des relations constructives
Contrairement à Bush, qui offrait ses voeux au seul peuple iranien, Obama s'est aussi (surtout !) adressé « aux dirigeants de la République islamique ».
Et pour s'assurer que son message serait entendu, la Maison-Blanche a distribué la vidéo aux grandes chaînes du golfe Persique.
Que propose Obama ?
Un « nouveau commencement », alors que les relations sont rompues depuis 1980, après la prise d'otages à l'ambassade américaine à Téhéran.
Extrait :
« Mon administration est désormais résolue [...] à établir des relations constructives entre les États-Unis, l'Iran et la communauté internationale. Ce processus ne progressera pas par la menace. Nous cherchons un dialogue honnête et fondé sur le respect mutuel. »
Obama veut que la République islamique d'Iran « prenne la place qui lui revient sur la scène mondiale ».
Il lui demande en contrepartie des gestes : « Vous aussi, vous avez un choix à faire [...] Cette place ne peut être obtenue par la terreur et les armes ».
En clair : ne préparez pas une bombe atomique, n'armez pas le Hezbollah au Liban ou le Hamas à Gaza.
La nouvelle Maison-Blanche calcule qu'elle s'adresse à un régime paranoïaque, dont la frénésie nucléaire et balistique s'explique par son sentiment d'être assiégé, il est de fait encadré par l'armée US en Afghanistan et en Irak.
Obama parie qu'un Iran rassuré sera un Iran coopératif.
Téhéran a répondu avec une inhabituelle rapidité, un porte-parole du président Ahmadinejad accueillant « favorablement » l'adresse d'Obama et le ministre de l'Énergie saluant un discours « clairement positif ».
Bref, Téhéran est intéressé... mais demande « des actes ». La porte (n')est (qu')entrouverte.
source : ouest-france
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Obama contre les djihadistes
L'élection de Barack Obama à la Maison-Blanche a dérangé les plans de la direction d'Al-Qaida. Oussama Ben Laden et son adjoint égyptien, Ayman Zawahiri, avaient, en effet, misé sans réserve sur la victoire de John McCain, dont ils espéraient une aggravation des hostilités en Irak, voire l'ouverture d'un conflit avec l'Iran.
L'escalade militaire, menée par l'administration républicaine, avait permis à Al-Qaida de survivre à l'effondrement du régime taliban en Afghanistan, puis de s'implanter au Moyen-Orient et au-delà.
Ben Laden n'avait pas hésité à intervenir au cours de la campagne présidentielle de 2004 et à favoriser ainsi la réélection de George W. Bush.
Les premières décisions du nouveau Président ont très vite placé Al-Qaida sur la défensive.
Le retrait des troupes américaines hors d'Irak, programmé pour 2010, prive les formations djihadistes de leur principal terrain de mobilisation. La prohibition formelle de la torture par la Maison-Blanche contribue à restaurer une partie du crédit moral des États-Unis, tombé au plus bas ces dernières années.
La fermeture prochaine de la prison de Guantánamo est déjà célébrée par les défenseurs des droits de l'homme et Al-Qaida a tout fait pour l'empêcher, en affirmant que des militants libérés de Guantánamo avaient rejoint ses rangs.
La manoeuvre a tourné cours et les récidivistes ont été neutralisés, en Arabie ou au Yémen.
La « guerre globale contre la terreur », lancée après le 11 septembre 2001, avait amalgamé toutes les formes de violence émanant du monde musulman et le terme de « croisade », maladroitement employé par George W. Bush, avait été récupéré avec succès par la propagande d'Al-Qaida.
Barack Obama n'a pas craint d'affronter, à ce sujet, la surenchère militariste. Non, toutes les guerres ne sont pas justes, surtout quand elles renforcent les ennemis des États-Unis.
Oui, l'Amérique est en guerre, elle n'est pas en guerre contre une « terreur » éternelle et indéfinie, elle est en guerre contre Al-Qaida.
L'engagement militaire accru en Afghanistan ne s'inscrit pas dans la durée d'une occupation au terme inconnu, mais dans la perspective d'une stabilisation politique, seule à même de répondre au défi de l'insurrection. L'objectif n'est plus l'improbable défaite des talibans, mais l'élimination d'Al-Qaida, concentrée sur le versant pakistanais de la frontière.
Expert chevronné, l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger a bien mis en évidence le dilemme dont cherchent à sortir les Américains : ils ne peuvent pas se retirer d'Afghanistan, mais leur tactique anti-insurectionnelle classique est vouée à l'échec. À ses yeux, l'objectif doit être d'empêcher l'émergence d'un État dans l'État, contrôlé par les djihadistes. Car, comme le dit Kissinger, « le problème majeur n'est pas tant la façon dont la guerre va être menée que la façon dont on y mettra fin ».
Jean-Pierre Filiu - Professeur à Sciences Po (chaire Moyen-Orient), auteur de L'Apocalypse dans l'Islam (Fayard, 2008), grand prix des Rendez-vous de l'Histoire de Blois.
Source : Ouest-France
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12.07.2008
L'U.P.M. (l'union pour la méditérranée)
Typeskypecast : Causerie Rubrique : Géostratégie
Thème : L’union pour la méditérranée
Sujet : Ce jour et demain, ouverture du bal pour un fiasco annoncé. Voici venu la rhétorique sarkozyste à l’épreuve de la réalité ?
Outre les questions que vous souhaitez aborder, votre opinion m’intéresse quant à celles-ci :
- Comment transformer la formule rhétorique sarkozyste en projet politique ?
- Comment éteindre l’incendie en dégonflant la baudruche eu égard au processus de Barcelone ?
- Comment transformer un échec politique en opportunité économique ?
- Comment blanchir les ambitions israéliennes ?
- Comment gérera-t-on le cas du syrien Bashar el-Assad ?
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11.07.2008
Dossier de l'U.P.M. (union pour la méditérranée) A.F.P.
Assad à Paris: visite historique avant le lancement de l'Union pour la Méditerranée 12/07/08 - AFP
Le président syrien Bachar al-Assad est attendu samedi à Paris pour une visite historique qui lui permettra d'être reçu dans l'après-midi par Nicolas Sarkozy, à la veille du sommet de lancement de l'Union pour la Méditerranée (UPM) chère au président français.
Cette journée sera aussi l'occasion de la première rencontre, sous les auspices de M. Sarkozy, entre M. Assad et son homologue libanais Michel Sleimane depuis l'élection de ce dernier en mai.
M. Assad, qui n'avait pas été reçu en France depuis juin 2001, fait ainsi son retour par la grande porte sur la scène diplomatique après avoir été mis au ban des nations en raison de l'ingérence de Damas dans les affaires libanaises.
L'élection du général Sleimane, avec le soutien des alliés de la Syrie au Liban, a permis à M. Sarkozy de mettre un terme au gel des relations décidé en 2005 par son prédécesseur Jacques Chirac après l'assassinat à Beyrouth de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri.
Les opposants au régime syrien, considéré comme un des plus répressifs du monde arabe, ont commencé dès vendredi à manifester à Paris leur mécontentement.
La France leur a par avance répondu qu'on ne pouvait "pas travailler qu'avec des démocrates" si l'on voulait faire avancer le processus de paix au Proche-Orient.
Le président syrien doit être reçu à l'Elysée à 17h00 (15h00 GMT), où il aura été précédé par M. Sleimane. Les deux hommes se retrouveront ensuite en présence de M. Sarkozy et de l'émir du Qatar, une rencontre qui pourrait leur permettre d'évoquer l'établissement de relations diplomatiques entre leurs pays.
Au cours de cette journée chargée, le président français déjeunera avec son homologue égyptien Hosni Moubarak qui coprésidera avec lui le sommet de l'UPM dimanche après-midi.
Ce jour-là, les yeux seront à nouveau braqués sur M. Assad, mais aussi sur le Premier ministre israélien Ehud Olmert, puisque les deux hommes se retrouveront pour la première fois autour d'une même table, même s'ils seront assis à bonne distance.
Le sommet se déroulera en présence de 43 chefs d'Etat et de gouvernement, avec le leader libyen Mouammar Kadhafi comme seul absent de marque.
Au-delà d'une déclaration de principe et malgré quelques dissensions persistantes, il ambitionne d'associer les pays de l'UE et du sud de la Méditerranée pour lancer des projets concrets de coopération comme la dépollution ou l'énergie solaire
Lancement dimanche à Paris de "l'Union pour la Méditerranée" chère à Sarkozy – 12/07/08 – AFP
Le président Nicolas Sarkozy lance dimanche avec faste à Paris son projet phare "d'Union pour la Méditerranée" avec les dirigeants de plus de 40 pays, malgré des dissensions persistantes et les doutes sur le bon fonctionnement d'un tel ensemble.
La présence du président syrien Bachar al-Assad, longtemps placé au ban des nations, va marquer ce sommet auquel assistera aussi le Premier ministre israélien Ehud Olmert.
Bachar al-Assad et Ehud Olmert se retrouveront ainsi assis autour de la même table, à distance toutefois.
Si une rencontre directe n'est pas à l'ordre du jour, tout le monde guettera une éventuelle poignée de main, qui serait historique, entre les chefs de deux pays formellement en état de guerre depuis 1948.
Un seul invité de marque a ostentiblement boudé la rencontre: le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui a comparé le projet à un "champ de mines" destiné à replacer les pays arabes sous la coupe des Européens.
Ce sommet a été agencé par M. Sarkozy pour constituer l'événement diplomatique majeur de sa présidence de l'UE, lancée le 1er juillet. Il se tiendra sous haute surveillance policière au Grand Palais, un monument bâti pour l'exposition universelle de 1900, et ne durera que trois heures, dimanche après-midi.
Il donnera naissance à une Union d'au moins 43 membres: les 27 de l'UE, dix pays du sud -Algérie, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Mauritanie, Syrie, Tunisie et Turquie- et l'Autorité palestinienne, ainsi que l'Albanie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et Monaco. La Libye figure sur la liste des invités.
Cette union formera un ensemble hétérogène de 765 millions de personnes, s'étirant des rives danoises du Groënland aux sables de Jordanie.
Pour M. Sarkozy, qui estime que "l'avenir de l'Europe est au Sud", elle doit permettre aussi de gagner le combat contre le "terrorisme, l'intégrisme, le fondamentalisme".
L'UPM doit reposer sur des coopérations autour de thèmes concrets, comme la dépollution, l'énergie solaire ou la sécurité civile.
Le président français veut ainsi la différencier du "processus de Barcelone", lancé en 1995 entre l'UE et les pays du Sud. Malgré des résultats limités, les Européens n'ont pas voulu faire table rase de ce processus.
Car la chancelière Angela Merkel a refusé tout net le projet initial du président français, qui était limité aux seuls pays du pourtour méditerranéen.
Mme Merkel y a vu une menace d'"explosion" de la construction européenne. Elle a exigé -et obtenu- que l'Union pour la Méditerranée revienne dans le giron européen et intègre les 27 de l'UE, se plaçant ainsi dans la continuité de Barcelone.
Même si elle y participe, la Turquie s'inquiète quant à elle d'un projet pouvant apparaître comme un moyen de contourner son adhésion à l'UE, que refuse obstinément M. Sarkozy.
La France a dû aussi surmonter l'hostilité de pays arabes, comme l'Algérie, réticents à s'engager dans une union incluant Israël. Sans compter les rivalités qui voient par exemple Rabat et Tunis se disputer avec acharnement le siège du futur Secrétariat général de l'UPM.
La "partie politique" de la déclaration de lancement devrait être "la moins politique possible", notamment sur le processus de paix au Proche Orient, a estimé un diplomate.
Le sommet pourrait remettre à plus tard d'autres sujets épineux en particulier sur la gouvernance, l'ensemble devant être coprésidé par un dirigeant de la rive nord et un autre de la rive sud. M. Sarkozy et l'Egyptien Hosni Moubarak sont sur les rangs.
Le sommet sera aussi l'occasion d'une intense activité diplomatique parallèle. Le président syrien doit s'entretenir pour la première fois avec le nouveau chef de l'Etat libanais, Michel Sleimane, et M. Olmert rencontrera le président de l'autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
La plupart des dirigeants doivent assister le lendemain au défilé militaire de la fête nationale, sur les Champs-Elysées.
Union pour la Méditerranée: rivaux et frères ennemis autour d'une même table- AFP- 11/07/08
Rivaux, adversaires de toujours et frères ennemis autour d'une même table : c'est le pari du sommet de l'Union pour la Méditerranée (UPM) qui réunit dimanche à Paris, après beaucoup de suspense et de difficultés, les dirigeants de plus de 40 pays.
Pour parvenir à rassembler des Nations au départ hostiles au projet, en conflit, ou englués dans des rivalités depuis des décennies, le président Nicolas Sarkozy aura dû s'employer jusqu'au dernier moment, multipliant les coups de téléphone et dépêchant ses émissaires.
Il a réussi à convaincre le président syrien Bachar al-Assad de faire le voyage de Paris, sur fond de normalisation entre la France et Damas.
Bachar al-Assad se retrouvera à Paris avec le Premier ministre israélien Ehud Olmert, alors que les deux pays sont formellement en guerre depuis 1948, même s'ils sont engagés depuis peu dans de nouveaux pourparlers indirects.
"Ils seront assis à la même table, qui est en rond, mais pas côte à côte", précise un diplomate français, soulignant qu'ils seront opportunément séparés par l'ordre alphabétique.
"Israël est entre l'Irlande et l'Italie et la Syrie à côté de la Turquie", précise ce diplomate.
La France a espéré secrètement une rencontre directe entre MM. Assad et Olmert, mais celle-ci n'est plus envisagée.
"Pour Assad, rencontrer Olmert reviendrait à rompre avec tout son héritage", explique Antoine Basbous, de l'Observatoire des pays arabes. "Olmert, en revanche, se jetterait dans les bras d'Assad s'il le pouvait, parce qu'il est en difficulté chez lui" en raison d'une affaire de corruption.
En marge de la réunion, Ehud Olmert doit rencontrer le président palestinien Mahmoud Abbas, tandis que Bachar al-Assad devrait voir pour la première fois depuis qu'il est président du Liban le général Michel Sleimane, qui veut normaliser les relations de son pays avec Damas.
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan craint, lui, que l'UPM ne soit pour le président Sarkozy un moyen de maintenir la Turquie hors de l'UE.
Il a fallu que le président Sarkozy appelle lui-même M. Erdogan, mardi, pour qu'il donne enfin sa réponse : il viendra "sauf si un événement extraordinaire l'en empêche".
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a également montré peu d'enthousiasme pour la réunion et n'a mis fin au suspense sur sa venue que lundi, lors d'un tête-à-tête avec Sarkozy au sommet du G8 au Japon. Un suspense "insoutenable", a raillé un diplomate arabe.
Plus ennuyeux pour l'UPM, les pays du Maghreb -dont les rivalités paralysent l'UMA (Union du Maghreb arabe)- n'arrivent pas à se mettre d'accord pour savoir lequel d'entre eux pourrait accueillir le secrétariat.
"Tunis est candidat. Le Maroc est candidat. Et il n'y a pas d'accord", déplore le diplomate français.
Quant au dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, pourtant accueilli avec tous les honneurs par M. Sarkozy en décembre, il a de nouveau fustigé mercredi le projet français, le qualifiant d'"effrayant et dangereux". Et épinglé les dirigeants arabes qui y participeront.
A Paris, on espérait malgré les déclarations au vitriol de son "guide" que la Libye dépêcherait un ministre à titre d'"observateur".
La plupart de chefs d'Etat et de gouvernement arabes n'ont en tout cas pas suivi la politique de la chaise vide de Kadhafi.
Pour un diplomate du Maghreb, ils ont estimé qu'"il vaut mieux être à l'intérieur de l'Union, que rester dehors et critiquer".
L'UPM, un projet copieusement dilué par l'Allemagne- AFP- 11/07/08
La chancelière allemande Angela Merkel arrive à Paris pour baptiser un projet français sur la Méditerranée qu'elle a copieusement dilué pour éviter une désintégration des institutions européennes.
Le projet d'Union pour la Méditerranée, élaboré par la présidence française sans consulter ses partenaires, avait désagréablement surpris les membres de l'Union européenne (UE), mais c'est Mme Merkel qui a pris l'initiative d'en dénoncer publiquement les dangers.
Dans une véritable charge en décembre dernier, elle a consacré un discours au "risque de désintégration" de l'Europe que présentait une institution nouvelle qui, dans l'esprit du président français Nicolas Sarkozy, ne devait alors comprendre que les pays riverains de la Méditerranée.
Si les pays méditerranéens de l'UE faisaient bande à part, avertissait la chancelière, ceux d'Europe centrale voudraient bientôt eux aussi créer une "union" avec leur voisins. A terme, la France et l'Allemagne, deux piliers de l'UE, risquaient de se tourner l'une vers le Sud, l'autre vers l'Est.
Le désaccord a tourné à l'affrontement, et "la tension est montée au point que la France a ajourné une rencontre de Blaesheim", un sommet informel régulier franco-allemand, rappelle la chercheuse Ulrike Guérot, du Conseil européen pour la politique étrangère (ECFP).
Mme Merkel et M. Sarkozy ont fini par trouver un compromis en mars à Hanovre, et l'Union pour la Méditerranée associe désormais tous les membres de l'Union européenne aux pays riverains.
Berlin a insisté pour présenter l'Union pour la Méditerranée non pas comme une institution nouvelle, mais comme une redynamisation du "processus de Barcelone", un partenariat proposé en 1993 par l'UE aux pays du sud de la Méditerranée ainsi qu'à la Croatie, la Bosnie, e Monténégro et Monaco et resté peu fructueux.
"La plus grande inquiétude de l'Allemagne était que cette politique méditerranéenne soit menée en dehors des structures européennes", explique Martin Koopmann, de la Société allemande de politique étrangère, un club de réflexion influent.
"Berlin considère que la politique étrangère de chaque Etat membre a des répercussions sur tous les autres, que ce soit en matière d'immigration ou d'approvisionnnement énergétique", poursuit-il.
Mme Merkel avait souligné avec insistance que la Méditerranée est l'affaire de tous les pays membres de l'UE, quelle que soit leur situation géographique, comme le sont les relations avec la Russie et l'Ukraine.
L'Allemagne pouvait d'autant moins accepter que la France mène seule une politique méditerranéenne "qu'elle s'est découvert au cours des dernières années des intérêts propres dans la région", ajoute M. Koopmann.
La crainte de Mme Merkel d'une scission des intérêts européens a semblé se réaliser quand, pour contrebalancer l'initiative française, la Pologne et la Suède ont demandé en mai à leurs partenaires européens de resserrer leurs liens avec leurs voisins à l'Est, de l'Ukraine à la Géorgie.
L'idée a été gelée, d'autres pays membres ayant mis en garde Varsovie et Stockholm contre "les risques potentiels" qu'elle portait, explique Mme Guérot.
Dans cette affaire, conclut-elle, M. Sarkozy a eu raison d'insister sur l'importance de la Méditerranée, mais tort d'oublier que "quand la France fait cavalier seul, tout le monde rejette ses idées".
Le Maghreb veut être un partenaire à part entière de l'UPM - AFP- 11/07/08
Les pays du Maghreb veulent être considérés comme des partenaires à part entière au sein de la future Union pour la Méditerranée malgré les disparités entre les deux rives de cette mer qui sépare l'Europe de l'Afrique.
L'Europe doit considérer ses partenaires de la rive sud de la Méditerranée non pas comme étant des pays pauvres auxquels il faut donner l'aumône mais plutôt des partenaires à part entière", a déclaré le "patron" des patrons marocains Moulay Hafid Elalamy.
"Les deux rives de la Méditerranée n'ont pas à se regarder en chiens de faïence en essayant de se protéger les uns des autres, mais plutôt en essayant (de voir) comment, la main dans la main, ils pourront être plus puissants," a souligné la semaine dernière le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), résumant bien le sentiment des cinq pays du Maghreb invités le 13 juillet au sommet à Paris.
Malgré leurs relations difficiles, Alger partage la préoccupation de Rabat de ne pas voir l'Europe imposer ses vues à l'Afrique du Nord. "Les pays de la rive sud craignent que la Commission européenne ne monopolise la décision, car nos relations avec l'UE sont déséquilibrées et la décision appartient actuellement à celui qui dispose des fonds et du savoir-faire", avait souligné récemment le ministre algérien des Affaires Etrangères Mourad Medelci.
Car, si seulement 15 km séparent les deux continents, le contraste économique est criant. Alors que le revenu par habitant est de 26.000 dollars par habitant pour les pays riverains du Nord, il n'est que de 7.000 pour ceux du sud. Par ailleurs, le poids de l'UE est considérable puisqu'elle représente 86% du PIB des pays censés participer à l'UPM.
"Nous voulons inverser ce déséquilibre et construire un partenariat équilibré, égalitaire et transparent", avait ajouté le ministre algérien en soulignant que cela doit être fondé sur "le concept de coresponsabilité, pour que l'esprit d'initiative et la mise en oeuvre des projets ne soit pas seulement l'apanage d'une seule partie, comme cela a été dans le passé".
Pour la Tunisie, ce projet reste important même si son cadrage a été modifié à la suite des remarques des autres pays européens. "Il s'agit d'une initiative prometteuse" susceptible d'"assurer aux pays du sud de la Méditerranée les moyens de réaliser leurs ambitions (de) complémentarité et d'intégration avec l'Union européenne", a noté la secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères Emna Chtioui.
Si le président mauritanien Sidi Ould Cheikh Abdallahi a annoncé sa venue à Paris, la fausse note est venue de Libye. Il y a un mois, Mouammar Kadhafi s'est déclaré contre le projet de l'Union pour la Méditerranée.
Il a estimé que les projets économiques promis aux pays du sud de la Méditerranée étaient un "appât" et représentaient "une sorte d'humiliation" pour ces pays. "Nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu'ils nous jettent des os", avait-il lancé.
"Si l'Europe veut coopérer avec nous, qu'elle le fasse avec la Ligue arabe ou l'Union africaine (...) nous n'acceptons pas que l'Europe traite avec un seul groupe" de pays, avait-il ajouté.
Cette crainte de voir l'Afrique déchirée est partagée par le président sénégalais Abdoulaye Wade. "L'idée d'une Union méditerranéenne, si elle se fait, va permettre à l'Afrique du Nord d'être arrimée à l'Europe, avait-il dit début juin.
Pour lui, ce projet est "une barrière qui isolera l'Afrique au sud du Sahara et il faut que les Africains en soient très conscients".
Sarkozy veut profiter de l'UPM pour asseoir son influence au Proche-Orient - AFP- 11/07/08
Nicolas Sarkozy va profiter du baptême de l'Union pour la Méditerranée (UPM) dimanche à Paris pour rencontrer quelques-uns des acteurs-clé du conflit au Proche-Orient, avec l'ambition d'imposer la France et l'Europe sur ce théâtre largement dominé par les Etats-Unis.
A l'occasion de ce sommet, qui va réunir une quarantaine de pays autour du nouveau partenariat euro-méditerranéen, l'Elysée prendra ce week-end des allures de carrefour diplomatique.
Avec sa double casquette de chef de l'Etat français et de président de l'Union européenne (UE), Nicolas Sarkozy aura déjeuné samedi avec l'Egyptien Hosni Moubarak, qui coprésidera avec lui le sommet, avant de recevoir le Libanais Michel Sleimane et surtout Bachar al-Assad, pour un entretien qui doit signer le retour du président syrien sur la scène internationale.
A l'issue de ces entretiens, les présidents libanais et syrien se sont retrouver autour de leur homologue français et de l'émir du Qatar cheikh Ahmad Ben Khalifa Al-Thani pour leur première rencontre officielle, à l'issue de laquelle ils ont fait une déclaration à la presse.
Dimanche matin, Nicolas Sarkozy rejouera ce rôle de facilitateur en recevant ensemble l'Israélien Ehud Olmert et le Palestinien Mahmoud Abbas, avec lesquels il fera également une déclaration à la presse.
7 ans après son dernier séjour en France, la visite de Bachar al-Assad constituera le morceau de choix de l'agenda proche-oriental du président français, mais aussi le plus contesté.
Après l'assassinat de son "ami" l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri en février 2005, son prédécesseur Jacques Chirac avait gelé tout contact avec Damas, fortement soupçonnée par la communauté internationale, malgré ses dénégations, d'en avoir été le commanditaire.
L'an dernier, Nicolas Sarkozy a souhaité interrompre cette quarantaine, avec l'espoir de trouver une solution à la crise libanaise. Une fois Michel Sleimane élu à la présidence du Liban, il a invité Bachar al-Assad au lancement de l'UPM avec le souci d'"encourager" la "bonne volonté" syrienne.
Mais la visite du numéro un syrien, dont même l'Elysée concède qu'il n'est pas "un parfait exemple de respect des droits de l'Homme", et sa présence, confirmée vendredi par l'Elysée, au défilé du 14 juillet a suscité un tollé en France. Gauche et ONG y voient un remake du séjour tumultueux du Libyen Mouammar Kadhafi à Paris en décembre.
Nicolas Sarkozy a répondu à ces critiques en saluant mardi au Japon la "quasi-unanimité de nos partenaires" sur l'invitation lancée à Bachar al-Assad. "Même nos amis américains (...) ont convenu que c'était quelque chose d'utile".
Le président a ajouté que "des décisions" seraient annoncées à l'issue de sa rencontre avec le Syrien. L'une pourrait être une visite en Syrie, déjà largement évoquée dans son entourage.
C'est avec cette même ambition d'occuper le terrain laissé provisoirement vacant par Washington, à cause de la fin du mandat du président George W. Bush, que Nicolas Sarkozy réunira dimanche le Premier ministre israélien et le président de l'Autorité palestinienne.
L'état du processus de paix suggère que la rencontre Olmert-Abbas ne devrait pas accoucher de beaucoup plus qu'une poignée de main devant les caméras. Mais, comme il l'avait annoncé devant le parlement israélien il y a deux semaines, Nicolas Sarkozy est décidé à apporter sa pierre à la recherche de la paix.
"Si la France et l'Europe peuvent jouer un rôle pour faire avancer la paix, franchement il faut le faire", a-t-il dit au Japon. "Je suis très heureux que la France prenne sa place dans une région du monde où l'Europe amène beaucoup d'argent mais n'y avait pas mis, me semble-t-il, le même investissement politique".
Bachar al-Assad, longtemps boycotté, revient avec une stature régionale
Le président syrien Bachar al-Assad, boycotté par les Occidentaux depuis 2005 et l'attentat meurtrier contre l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, a su se forger une stature de chef d'Etat au Proche-Orient grâce à un anti-américanisme farouche.
Le président Assad est invité, comme une quarantaine d'autres chefs d'Etat et de gouvernement, par son homologue français Nicolas Sarkozy à participer dimanche au sommet de lancement de l'Union pour la Méditerranée (UPM) et, le lendemain, au traditionnel défilé militaire qui marque la Fête nationale en France.
M. Assad a un entretien samedi avec Nicolas Sarkozy, une première rencontre entre les chefs d'Etat des deux pays depuis la décision de l'ancien président français Jacques Chirac de couper les liens avec le régime syrien après l'assassinat de Rafic Hariri, pour lequel Damas est pointé du doigt.
Mis en quarantaine par les Occidentaux, le président Assad a consacré son temps à renforcer les relations de son pays avec la Russie, la Chine, l'Iran et la Turquie, ces deux pays étant à ses yeux "les deux pays les plus importants de la région".
Il a adopté une rhétorique farouchement anti-américaine, mais ses partisans estiment qu'il s'est forgé une stature de chef d'Etat, en tenant tête à l'hyperpuissance américaine désormais embourbée en Irak.
Médecin ophtalmologiste de formation, M. Assad, 42 ans, est propulsé à la tête de l'Etat en juillet 2000, un mois après la mort de son père et fondateur du régime actuel, Hafez al-Assad.
Après la mort de son frère Bassel en 1994, Bachar gravit les échelons de l'armée, devient colonel, gère les dossiers libanais et turc (PKK kurde). Candidat unique à la présidence après la mort de son père, il est nommé commandant en chef des forces armées le 11 juin 2000, puis secrétaire général du parti Baas le 20 juin et devient le 16e président du pays, le 11 juillet, à 34 ans.
S'il préconise "le droit à la différence" dans son discours d'investiture, ses velléités libérales sont rapidement étouffées à l'été 2001 avec l'incarcération des symboles du "Printemps de Damas", brève période d'ouverture politique qui a suivi son arrivée au pouvoir.
Il s'inspire du modèle chinois en proclamant que "les réformes économiques passent avant les réformes politiques" et expliquera en 2003 que les opposants syriens avaient "mal compris" ses propos sur la démocratie promise dans son discours d'investiture.
Sous sa houlette, le Baas, qui gouverne le pays depuis 1963, maintient son rôle dirigeant "de l'Etat et de la société". Il a été réélu avec plus de 97% des voix lors d'un référendum l'an dernier.
L'invasion américaine en Irak en 2003, l'assassinat de Rafic Hariri en février 2005, le retrait militaire syrien du Liban en avril suivant après une présence de 29 ans, constituent des épreuves de taille pour le jeune président, accusé par Washington de chercher à déstabiliser l'Irak et le Liban, où Damas est soupçonné de maintenir ses services de renseignement.
Face aux pressions, M. Assad applique la politique du "va-tout", contrairement à son père qui chérissait celle du "bord du gouffre", en défiant l'ordre américain dans la région.
Il coopère cependant avec Washington dans la traque d'Al-Qaïda, notamment en Europe.
Les Etats-Unis et Israël ignorent ses appels à une reprise des négociations de paix avec l'Etat hébreu en vue de récupérer le Golan, occupé depuis 1967. Cependant, la Syrie et Israël ont entamé le 21 mai des négociations indirectes en Turquie, avec l'accord tacite de Washington.
Plutôt réservé, il maîtrise parfaitement l'anglais et parle un peu le français. Il a une passion pour l'informatique. M. Assad, né le 11 septembre 1965, est marié et a trois enfants, deux garçons et une fille.
A Paris, la Syrie fait son retour sur la scène internationale - AFP- 11/07/08
"J'avais dit à M. Bachar al-Assad que la Syrie laisse le processus présidentiel (libanais) se dérouler et nous reprendrons contact. Nous avons repris contact", avait déclaré en juin M. Sarkozy pour expliquer la reprise du dialogue avec Damas.
Après des mois de blocage politique au Liban, la majorité pro-occidentale et l'opposition, proche de la Syrie, ont conclu en mai un accord à Doha prévoyant la formation d'un gouvernement d'union nationale. Celui-ci n'a néanmoins pas encore vu le jour.
Dans l'entretien avec l'AFP, M. Assad a demandé à la France de "jouer un rôle important" dans le processus de paix au Proche-Orient, au moment où se déroulent des négociations syro-israéliennes par l'intermédiaire de la Turquie.
Mais la venue de M. Assad à Paris a provoqué une levée de boucliers au Liban. La majorité antisyrienne a jugé "prématurée" cette normalisation avec un pays qu'elle accuse d'ingérence.
Avant d'accueillir M. Assad à Paris, "nous aimerions que la France obtienne des assurances réelles de la part de la Syrie concernant son comportement au Liban", a commenté mi-juin un des dirigeants de la majorité, Amine Gemayel.
Selon une source officielle libanaise, M. Assad et le président libanais Michel Sleimane doivent se rencontrer à Paris en marge du sommet et évoquer la question des relations diplomatiques.
Le volet économique et commercial est également très important pour la Syrie et la France, estime-t-on à Damas.
M. Assad a ainsi souhaité "le développement des relations économiques dans les domaines de l'extraction du pétrole, de l'énergie, des transports, notamment l'aviation, ainsi que les échanges commerciaux entre les deux pays".
A ce sujet, "les circonstances politiques qui assombrissaient les relations ont disparu. La France se prépare à une vaste coopération économique et commerciale avec la Syrie", écrivait lundi le quotidien officiel syrien as-Saoura.
Pour le journal, la récente signature avec le géant français Lafarge de contrats de 1,2 milliard de dollars pour la construction de deux cimenteries en Syrie est "le prélude à de très importants projets français d'investissement".
Israël voit dans l'UPM une étape dans la normalisation avec les pays arabes - AFP- 11/07/08
Israël espère que le lancement dimanche à Paris de l'Union pour la Méditerranée constituera une étape sur la voie de la normalisation de ses relations avec les pays arabes.
Contrastant avec les hésitations arabes, Israël - représenté par son Premier ministre Ehud Olmert et sa ministre des Affaires Etrangères Tzipi Livni - a manifesté un appui sans réserve au projet lancé par la France, comptant mettre à profit la réunion de dimanche pour des rencontres directes au plus haut niveau avec des dirigeants arabes.
"Israël a toujours considéré qu'il est de l'intérêt de tous les peuples de la Méditerranée de renforcer leur coopération et c'est bien pourquoi nous nous félicitons de participer à l'Union pour la Méditerranée", a déclaré à l'AFP le porte-parole du chef du gouvernement Mark Regev.
Il a souligné l'importance que revêt pour Israël cette rencontre internationale, relevant que "c'est la première fois que des dirigeants de la zone méditerranéenne au plus haut niveau se réunissent" avec la participation de l'Etat hébreu. "Comme à l'occasion de toute rencontre internationale nous espérons qu'elle fournira l'occasion de rencontres directes" entre M. Olmert et des dirigeants arabes. Aucune rencontre n'est prévue avec la délégation syrienne, a-t-il dit.
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17.06.2008
Obama, Israël et les Musulmans
par Souleyma HADDAOUI (IRIS, 18 juin 2008)
Dès le début de sa campagne électorale, Obama a refusé tout financement des lobbies pour préserver son indépendance politique.
Les lobbies peuvent effectivement soutenir un candidat et aider au financement d’une campagne à condition, bien évidemment, que le candidat choisi défende leurs intérêts. Barack Obama dans sa logique de changement a décidé de se défaire de ce système qui prévaut à Washington. Il a toutefois accepté de tenir son premier discours en tant que candidat démocrate investi, le 4 juin dernier à l’AIPAC, lobby pro-israélien où il a réaffirmé son soutien inconditionnel à Israël mais également avancé des idées très fortes comme le maintien de Jérusalem en tant que capitale d’Israël et surtout « indivisible ».
Barack Hussein Obama. Voici un nom que l’on ne se serait pas attendu à voir porter par un présidentiable américain. Son parcours et son histoire personnelle sont atypiques : il est le fruit de l’union d’un Kenyan de culture musulmane et d’une Américaine. Il est né à Hawaï et a passé une grande partie de son enfance et de son adolescence en dehors des Etats-Unis dont près de huit ans en Indonésie, pays regroupant le plus de musulmans dans le monde. Au vu de ces éléments, les juifs américains ont toute raison de vouloir observer de près sa position à l’égard d’Israël (1). Il revient donc à Obama de se détacher de son histoire et de prouver qu’il n’est pas l’ennemi de la cause israélienne. D’autre part, dans le domaine politique, Obama s’est vu reprocher sa proximité avec Jimmy Carter et Zbigniew Brzezinski qui ont tous deux une opinion plutôt favorable des Palestiniens. Lui-même avait déclaré en 2007 que « les Palestiniens avaient le plus souffert » et même s’il a dit par la suite que son discours avait été tronqué, c’est ce qui a été retenu contre lui.
L’attitude passée d’Obama reflète malgré tout une certaine ambiguïté. Il a assisté à plusieurs conférences pro-palestiniennes durant les années où il commençait à intégrer la sphère politique locale. Il a même dîné à la table d’Edward Saïd, écrivain d’origine palestinienne qui a siégé au Conseil National Palestinien ; il a reçu également beaucoup de conseils de la part d’intellectuels arabes et, en 2004, alors en pleine campagne pour obtenir un siège au Congrès, il a déclaré à Ali Abounimah, cofondateur de The Electronic Intifada : « Désolé, je n’ai pas encore beaucoup parlé des droits palestiniens, mais nous sommes dans une rude course aux primaires. J’espère que quand les choses se calmeront je pourrai être plus franc », puis l’a félicité pour son militantisme et ses chroniques dans le Chicago Tribune (2).
Suite à la publication de l’ouvrage de Walt et Mearsheimer sur l’AIPAC (3), et au-delà de la polémique qu’il a suscité, on sait l’importance du lobby pro-israélien et en tout cas, de l’opinion des juifs américains et du remarquable soutien à Israël fait depuis de nombreuses années, toutes tendances politiques confondues. L’AIPAC a effectivement une grande influence entre autres, parce qu’il arrive à diriger d’importantes campagnes de récolte de fonds pour les candidats qu’il soutient. Or, l’argent est extrêmement influent, surtout durant les campagnes électorales. Les juifs américains, bien que n’étant pas très importants numériquement, occupent des places stratégiques dans les médias et au sein du Congrès américain, pour faire pencher la politique américaine en faveur des Israéliens et diffuser une image positive d’Israël. Ceci est également confirmé par J.J Goldberg dans son livre Jewish
Power qui porte sur le « pouvoir juif » dans l’establishment américain.
Plus concrètement, Martin Indyk, ancien ambassadeur américain à Israël, explique que si les hommes politiques américains tentaient de restreindre l’aide économique et militaire en vue d’obtenir des concessions de la part des Israéliens, « [ils recevraient] une lettre du Congrès avec pas moins de 87 signatures de sénateurs et 87% du Congrès disant ne vous avisez surtout pas de faire cela ! ». Pouvons-nous donc supposer qu’Obama suit ce raisonnement et, vu les apparences qui jouent en sa défaveur, doit jouer la carte de la surenchère politique ? Qu’en est-il de la politique de changement prônée par le candidat démocrate ? Il a fait plus que son rival républicain McCain, en déclarant Jérusalem indivisible et en voulant concéder aux Israéliens plus que l’ONU n’admet. En effet, il faut avoir présent à l’esprit que la capitale officielle d’Israël est Tel Aviv. Toutes les ambassades – y compris celle américaine – y sont. Israël par contre, avec sa loi fondamentale de 1980 entérine le statut de la ville de Jérusalem en capitale « éternelle et indivisible ». Cette loi est décrite comme une violation du droit international par le Conseil de Sécurité dans sa résolution 478. Obama a fait fi des lois et opinions internationales dans son discours et a voulu en plus une Jérusalem unifiée, capitale de l’Etat juif.
D’autre part, et c’est ce qui est le moins compréhensible dans son élocution, Obama n’a pas eu un mot pour les Palestiniens de Gaza qui actuellement et depuis plusieurs mois, souffrent de la coupure d’électricité (Israël ayant bombardé la seule centrale électrique) et de l’absence de soins médicaux et hygiéniques alors que ceci fut unanimement condamné par les instances internationales et dénoncé également officiellement par Jimmy Carter. Cela ne va pas non plus dans le sens de ses récents discours sur la conciliation et la diplomatie, la volonté de trouver une politique de paix. Pourtant, il mentionne la coexistence de deux Etats vivant en paix et en sécurité ainsi que d’une Palestine prospère. Il devrait donc trouver un moyen pour faire entendre raison aux deux acteurs et ne pas avoir de parti pris, autrement sa politique n’incarnerait plus un vrai changement. Les Palestiniens qui avaient trouvé en lui un interlocuteur qui apporterait enfin une issue favorable dans la politique américaine à leur égard, ou tout du moins aurait un discours modéré, ont été sérieusement désillusionnés. Ils l’avaient déjà été suite à son discours refusant catégoriquement le droit au retour des réfugiés. L’affirmation :« L’Etat d’Israël doit garder son identité juive » apparaît plutôt exclusive.
Revirement ou surenchère ? Seules les années du mandat d’Obama et ses vrais choix une fois en poste pourront vraiment l’indiquer. Or, aujourd’hui, les prémices en sont ambigus. Changer la politique de Washington est une mission plus que hasardeuse et seul un homme de solide conviction peut prétendre y arriver. Jusqu’à maintenant, ce sont les discours du candidat qui changent…
(1) En mars 2008, un Américain sur dix pense qu’Obama est musulman selon le sondage du Pew Research Center.
(2) Ali Abounimah, « Comment Barack Obama a appris à aimer Israël », Info Palestine 17 mars 2007 disponible sur http://www.info-palestine.net
(3) John Mearsheimer et Stephen Walt, Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, La Découverte, 2007
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