20.03.2009
Traité de la théologie mystique
par Denys l'Aréopagite
Traduit du grec par L'abbé DARBOY (1845)
1. CE QU'EST LA DIVINE TÉNÈBRE
Trinité suressentielle qui es au-delà du divin, au-delà du Bien, Toi qui gardes les chrétiens dans la connaissance des choses divines, conduis-nous, par-delà l'inconnaissance, vers les très hautes et très lumineuses cimes des écritures mystérieuses.
Là se trouvent voilés les simples, insolubles et immuables mystères de la théologie, dans la translumineuse Ténèbre du Silence, où l'on est initié aux secrets de cette radieuse et resplendissante Ténèbre, en sa totale obscurité, absolument intangible et invisible, Ténèbre qui comble d'indicibles splendeurs les intelligences qui savent clore leurs yeux.
Telle est donc ma prière. Quant à toi, mon cher Timothée, exerce-toi sans relâche aux contemplations mystiques, abandonne toutes sensations et jusqu'aux spéculations de l'intelligence, laisse tout le sensible, tout l'intelligible, tout l'être et le non-être; ainsi, autant que tu en es capable, tu seras surélevé par la voie de l'inconnaissance jusqu'à ne plus faire qu'un avec Celui qui est au-delà de toute essence et de toute connaissance.
En effet, c'est par la sortie de toi-même et de tout, - extase totale et irrésistible - que tu seras emporté vers la Suressentielle splendeur de la Ténèbre divine, étant affranchi et dépouillé de tout. Mais fais bien attention à ce que personne, parmi les non-initiés, ne t'entende.
Je veux parler de ceux qui se laissent entraver par les êtres, et qui s'imaginent que rien de suressentiel puisse exister au-delà de ceux-ci, mais qui pensent pouvoir atteindre par leur propre connaissance, à Celui qui a pris la Ténèbre pour retraite.
Or, si l'initiation aux mystères divins dépasse ces gens-là, que dire alors des plus profanes ? De ceux qui cherchent à définir la cause transcendante de toutes choses par les réalités les plus viles, qui affirment que celle-ci n'est en rien supérieure à ces formes multiples et profanes qu'ils en façonnent ?
Au lieu qu'il faudrait attribuer à cette Cause et affirmer d'elle tout ce qui se dit des êtres puisqu'elle est la Cause de tous; et, a fortiori, le nier, puisqu'elle est au-delà de tout.
Et qu'on n'aille point croire que les négations vont à l'encontre des affirmations mais que, de beaucoup première et transcendante à toute privation, elle s'élève au-dessus de toute négation et affirmation.
C'est bien en ce sens que le divin Barthélemy disait que la théologie est à la fois développée et brève, l'évangile spacieux et grand, mais néanmoins concis.
C'est là, me semble-t-il, une réflexion remarquable car, si l'on ne peut tarir un discours au sujet de la Cause bienfaisante de tout ce qui existe, on peut aussi bien l'exprimer brièvement et même n'en rien dire du tout elle n'a en effet ni parole ni pensée, elle transcende de manière sur-essentielle tout le créé et ne se manifeste véritablement et sans voile qu'à ceux-là seuls qui franchissent tout ce qui est pur et impur, qui dépassent toutes les plus hautes et plus saintes ascensions, qui abandonnent toutes les lumières divines, et les sons et les paroles du ciel, pour pénétrer dans la Ténèbre de Celui qui est réellement, selon les écritures, l'au-delà de tout. 4
Ce n'est donc pas sans motif que le divin Moïse reçoit l'ordre de se purifier d'abord lui-même puis de s'écarter de ceux qui ne sont pas purs, qu'il entend après sa totale purification les trompettes aux sons multiples, voit de nombreux feux irradier de leur pur rayonnement et qu'ensuite, séparé de la foule et avec des prêtres choisis, il atteint au sommet des divines ascensions.
Mais à ce degré-là il n'entre pas encore en relation avec Dieu, il ne Le contemple pas — car Il est Invisible mais seulement le lieu où Il demeure.
Cela signifie, me semble-t-il, que les réalités les plus divines et les plus hautes, dans l'ordre visible comme dans l'intelligible, ne sont que des analogies hypothétiques de tout ce que l'on attribue à Celui qui se tient au-dessus de tout, et à travers lesquelles se révèle la présence de Celui qui dépasse toutes nos pensées et qui repose sur les sommets intelligibles de ses lieux les plus saints.
C'est alors que Moïse s'affranchit même de ce qu'il voit et de ceux qui le voient, il pénètre dans la Ténèbre vraiment mystique de l'inconnaissance, il ferme les yeux à toute saisie par l'intelligence et, dans une totale démission de tout ce qui se peut toucher ou voir, il appartient tout entier à Celui qui est au-delà de tout, il n'est plus à lui-même ni à personne d'autre, mais il est uni par le meilleur de lui-même à Celui qu'on ne peut absolument pas connaître, dans l'inactivité de toute connaissance et par cette inconnaissance même il connaît au-delà de l'intelligence.
2. COMMENT IL FAUT S'UNIR ET CÉLÉBRER PAR DES HYMNES LA CAUSE DE TOUTES CHOSES QUI EST AU-DELA DE TOUT
Dans cette très lumineuse Ténèbre, puissions-nous entrer nous-mêmes, et, par la non-vue et l'inconnaissance, puissions-nous voir et connaître ce qui est au-delà de toute vision et connaissance, par le fait même de ne rien voir ni rien connaître.
Car c'est là véritablement voir et connaître et célébrer sur-essentiellement le Sur-essentiel lorsque l'on fait abstraction de tout ce qui existe.
Tout comme ces artistes, lorsqu'ils façonnent une statue , retranchent tout ce qui masque la pure vision de la forme qui s'y dissimule, c'est par ce seul dépouillement qu'ils font apparaître la beauté latente.
Mais il faut, ce me semble, célébrer les négations tout à fait à l'inverse des affirmations. Pour celles-ci, en effet, c'est en débutant par les toutes premières, puis en passant par les moyennes, que nous en sommes arrivés aux dernières.
Ici, au contraire, c'est à partir des plus basses que nous nous élèverons vers les plus hautes, en retranchant tout, pour connaître à découvert cette inconnaissance qui se trouve voilée en tous les êtres par tout ce que nous connaissons d'eux, afin de voir cette Ténèbre sur-essentielle cachée par toute la lumière qui se trouve en eux.
3. QUELLES SONT LES THÉOLOGIES AFFIRMATIVES ET QUELLES SONT LES THÉOLOGIES NÉGATIVES
Dans notre livre Esquisses théologiques, nous avons donc célébré les points les plus importants de la théologie affirmative, à savoir comment la parfaite Nature de Dieu est dite Une, et comment elle est dite trine, ce que l'on appelle en elle Paternité et Filiation, ce que l'on veut signifier par la théologie de l'Esprit, comment, du Bien immatériel et indivisible, sont engendrées au cœur même de la Bonté les lumières qui sont en Lui et en elles-mêmes et réciproquement les unes dans les autres toujours inséparables dans leur seule et coéternelle germination, comment jésus, le Suressentiel, a pris toutes les réalités de la nature humaine et toutes les autres choses révélées par les écritures et célébrées dans nos Esquisses théologiques.
Dans le livre des Noms divins, nous avons dit comment Dieu est appelé le Bien, l'Être, la Vie, la Sagesse, la Force et tous les autres noms intelligibles qu'on Lui attribue.
Dans la Théologie symbolique nous avons exposé quels noms tirés du sensible peuvent signifier les réalités divines, quelles sont les formes en Dieu, ses figures, ses parties, ses organes, ce que signifient, en Lui, les lieux et les ornements, quelles sont ses colères, ses tristesses, ses ressentiments, comment on peut parler de ses ivresses et de ses excès, de ses serments et malédictions, ce qu'on appelle ses sommeils et ses réveils, et toutes les autres formes et figures symboliques qui ont été religieusement imaginées pour représenter Dieu.
Tu auras bien remarqué, je pense, combien les derniers symboles supposent plus de paroles que les premiers, en sorte qu'il nous a fallu traiter plus brièvement les Esquisses théologiques et les Noms divins que la Théologie symbolique, car, plus haut nous portons notre regard, plus s'abrège aussi notre discours lorsqu'il embrasse d'un seul coup d'œil les intelligibles.
De même, maintenant que nous allons pénétrer dans la Ténèbre qui est au-delà de l'intelligible, nous ne trouverons pas seulement des paroles plus concises, mais jusqu'à leur absence et perte du sens.
Là, dans la théologie affirmative, notre discours descendait du supérieur à l'inférieur puis il allait s'élargissant au fur et à mesure de sa descente; mais maintenant que nous remontons de l'inférieur jusqu'au Transcendant, notre discours se réduit à proportion de notre montée.
Arrivés au terme nous serons totalement muets et entièrement unis à l'Indicible.
Mais pourquoi donc, diras-tu, faire partir des plus sublimes nos affirmations de Dieu, et pourquoi des plus basses, lorsque nous parlons de Lui négativement ?
C'est que, pour affirmer Celui qui est au-dessus de toute affirmation, c'est en partant de ce qui lui est le plus proche qu'il fallait poser l'hypothèse de base, tandis que pour nier Celui qui transcende toute négation, c'est à partir de ce qui s'en éloigne le plus.
Ainsi, Dieu n'est-Il pas davantage Vie et Bien, qu'air ou pierre ? Et ne dira-t-on pas plus facilement qu'Il ne s'enivre, qu'Il ne se met en colère plutôt qu'Il ne se dit ni ne se pense ?
4. LA CAUSE TRANSCENDANTE DE TOUT LE SENSIBLE N'EST RIEN DE SENSIBLE
Nous disons donc que la cause de toutes choses, et qui est au-delà de tout, n'est pas sans essence ni sans vie, ni sans raison, ni sans intelligence et qu'elle n'est pas un corps.
Elle n'a ni forme, ni figure, ni qualité, ni quantité, ni masse. Elle n'est dans aucun lieu. Elle n'est pas vue et on ne peut la saisir par les sens. Elle ne se perçoit pas par les sens et ne leur est pas perceptible.
Elle ne connaît ni désordre, ni agitation, elle n'est pas troublée par les passions matérielles. Elle n'est pas sans puissance, comme si elle était sujette aux accidents sensibles.
La lumière ne lui fait pas défaut, elle ne connaît ni altération, ni dégradation, ni partage, ni privation, ni écoulement. Bref, elle n'est, ni ne possède rien de tout ce qui est sensible.
5. LA CAUSE TRANSCENDANTE DE TOUT L'INTELLIGIBLE N'EST RIEN D'INTELLIGIBLE
Nous élevant plus haut encore, — nous disons que cette cause n'est ni âme, ni intelligence, qu'elle n'a ni imagination, ni opinion, ni définition, ni pensée (discursive), qu'elle n'est ni parole, ni pensée (intuitive).
Elle n'est ni nombre, ni ordre, ni grandeur, ni petitesse. Elle n'est ni égalité, ni inégalité, ni similitude, ni dissemblance.
Elle n'est pas immobile, elle n'est pas en mouvement ni en repos. Elle n'a pas de puissance et elle n'est pas puissance, ni lumière. Elle ne vit pas et elle n'est pas vie.
Elle n'est ni essence, ni perpétuité, ni temps. On ne peut la saisir par l'intelligence. Elle n'est ni science, ni vérité, ni royauté, ni sagesse. Elle n'est pas un, ni unité, ni déité, ni bonté.
Elle n'est pas esprit comme nous pouvons le connaître, ni filiation ni paternité, ni rien de ce que ni nous, ni personne ne saurait connaître.
Elle n'est rien de ce qui n'est pas, rien de ce qui est. Les êtres ne la connaissent pas telle qu'elle est et elle-même ne les connaît pas tels qu'ils sont.
On ne peut ni la comprendre ni la nommer, ni la connaître. Elle n'est ni ténèbre, ni lumière, ni erreur, ni vérité. On ne peut d'elle absolument rien affirmer, ni nier.
Mais en affirmant ou niant des réalités qui lui sont inférieures, nous ne saurions affirmer, ni nier quoi que ce soit puisque c'est au-dessus de toute affirmation que réside la Cause unique et parfaite de tout, comme aussi, au-delà de toute négation, l'excellence de Celui qui est absolument affranchi et au-delà de tout.
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Théologie négative
La théologie négative est une approche de la théologie qui consiste à insister plus sur ce que Dieu n’est pas que sur ce que Dieu est. Cette théologie peut sembler curieuse et même incongrue puisque Dieu dit lui-même "Je suis celui qui suis".
La théologie négative peut être développée de deux façons :
par négation (démarche apophatique, du grec apophasis: négation)
ou par abstraction (méthode aphairétique, du grec, aphairesis : abstraction ).
L'apophatisme, ou méthode aphairétique, est une démarche intellectuelle par laquelle toute idée que l'on se fait de la divinité se voit démasquée dans son inadéquation à délimiter ce qui est sans limite. Par exemple, l’affirmation : « Dieu existe », ne peut se concevoir en théologie négative. Pas plus que : « Dieu est miséricordieux ». L’expression de la transcendance s’exprime uniquement par des propositions négatives et par un recours à l’abstraction, et ultimement par le silence car même une proposition d'apparence négative est une affirmation concernant l'indicible sur lequel rien ne peut être affirmé. Dire que « Dieu n'est pas miséricordieux » est, in fine, une affirmation toute aussi positive que d'affirmer que « Dieu est miséricordieux », puisque Dieu n'est ni miséricordieux, ni ne l'est pas. La démarche apophatique vise l'expérience directe de l'absolu par l'abolition de toute adhérence intellectuelle aux concepts. Autrement dit, cette démarche vise sa propre négation, sa propre fin dans l'éveil spirituel.
Ce mode de pensée puise son origine dans la philosophie antique. On le retrouve dans la pensée théologique chrétienne ainsi que dans certains courants philosophiques modernes qui se sont intéressés aux formes du langage. La théologie négative chrétienne apparaît clairement pour la première fois chez Pseudo-Denys l'Aréopagite qui fait des emprunts à Proclus, philosophe néoplatonicien anti-chrétien. On retrouve ces mêmes influences dans le soufisme. L'extrême-orient a développé à sa façon, et ce bien avant l'occident, une théologie apophatique qui s'exprime dans le bouddhisme, le taoisme, l'hindouisme et bien d'autres traditions.
Le concept d’abstraction est présent dans l’Antiquité, à la fois dans la tradition péripatéticienne et dans celle de l’Académie. Il s’agit d’une opération intellectuelle intuitive qui prétend séparer dans les formes l’essentiel du non-essentiel. Cette forme de soustraction, les Anciens l’appliquent d’abord à la mathématique pour définir la surface par retranchement du volume, la ligne par retranchement de la superficie et ainsi de proche en proche jusqu'à l’unité primordiale. En étendant ce concept à la logique, le prédicat attribut du sujet et le sujet lui-même se présentent comme une somme : la négation du prédicat est assimilée au retranchement et l’opération intellectuelle abstraite de séparation apparaît comme une opération négative.
Une telle démarche ressortit foncièrement de l’idéalisme dans la mesure où la connaissance remonte, par soustraction et négation, de la réalité tangible à la réalité invisible, de l’immanent au transcendant. Elle présente à la fois un côté négatif, l’opération de retranchement, et un côté positif, la perception intuitive des réalités supérieures. L’abstraction se présente comme une démarche ontologique qui permet d’atteindre les formes supérieures de la connaissance.
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15.07.2008
La vierge Marie, plus citée dans le Coran que dans la Bible ! Etonnant non ?
Typeskypecast : Chronique-causerie
Rubrique : France culture internationale
Thème : Les religions abrahamiques (monothéisme)
5ème exposé : Histoire du christianisme, le cas de Marie, mère de Jésus de Nazareth, racontée aux non-chrétiens
Générique de début d'exposé : Avé Maria chanté par Andréa Bocelli
Sommaire de mon exposé :
. Introduction
- Naissance de son enfant : Jésus de Nazareth
- Marie, universellement connue : dans le christianisme, le judaïsme, et l’islam
- Spiritualité et dogmes
- Les apparitions
- Marie et les miracles
- Marie et les nations
- Prières
- Mystères joyeux
- 3 grandes dates
Générique de fin d'exposé : Avé Maria, chant grégorien
Bibliographie : La vierge Marie – François Vayne, Père André Doze – Editions AEDIS – 2007
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29.06.2008
le féminisme musulman
Le féminisme islamique ou féminisme musulman est un mouvement féministe musulman, proche de l'islam libéral, qui revendique un féminisme interne à l'islam et vise à une modification des rapports entre hommes et femmes au sein de la religion musulmane.
Il est comparable, en ce sens, à d'autres mouvements de théologie féministe, tel que le féminisme chrétien ou le féminisme judaïque, en ce qu'il se fonde sur une étude des textes sacrés pour affirmer l'égalité des genres.
Le féminisme islamique tente de créer un espace entre deux positions critiques, contradictoires en un sens mais complémentaires en un autre, en ce qu'elles oblitèrent la possibilité même d'un tel féminisme : d'un côté, celle des fondamentalistes islamiques qui affirment que le féminisme est une invention occidentale, produit d'une Modernité abhorrée, et de l'autre une position féministe ou/et occidentale qui soutient le caractère prétendument incompatible de l'islam et du féminisme, opinion souvent accompagnée d'une dénégation de l'existence de mouvements féministes spécifiques aux pays musulmans.
Selon Valentine Moghadam (2006), sociologue et chef de la section "Egalité des genres et développement" à l'Unesco, ces deux positions extrêmes « orientalisent » ou « exotisent » l'islam davantage qu'elles ne permettent de comprendre l'émergence de ces mouvements réformistes.
Le féminisme islamique est présent dans de nombreux pays, des États-Unis à l'Afrique du Sud, de l'Europe à l'Asie en passant par le Maghreb et le Machrek, et se mobilise contre le patriarcat à partir de références musulmanes. Le Premier Congrès international sur le féminisme musulman a eu lieu à Barcelone du 27 au 29 octobre 2005.
Origine et revendications du mouvement
Le féminisme musulman se fonde sur l' ijtihad, ou interprétation du Coran, pour interroger la place de la femmes dans l'islam et /ou les pays musulmans. Il accorde une place centrale à l'éducation comme élément d'autonomisation des femmes.
Selon Valentine Moghadam, le féminisme musulman rejoint le féminisme chrétien et judaïque en s'enracinant dans une perspective religieuse.
Le terme de "féminisme musulman" a été élaboré au début des années 1990 principalement par des femmes iraniennes, laïques et féministes qui s'intéressaient à l'émergence d'un mouvement, depuis les années 1980, qui reformulaient les problématiques féministes à l'intérieur du paradigme islamique.
Outre l'Iran, cette expression circulait oralement en Afrique du Sud (Shamima Shaikh), en Égypte, en Turquie, et dans les pays occidentaux. Ce mouvement converge en Iran autour de la revue Zanan (Femmes), fondée par Shahla Sherkat, qui soulève le débat des relations de genre à l'intérieur de l'islam, et de la compatibilité entre islam et féminisme.
Pour de nombreux laïques iraniens, ces deux notions sont incompatibles. La revue Zanan affirmait l'origine sociale et politique des inégalités de genre, et critiquait une large partie du droit musulman comme étant fondé sur une interprétation patriarcale du Coran, soulevant ainsi la question de l'ijtihad et du droit des femmes à réinterpréter le fiqh, la jurisprudence musulmane.
En Iran, en Égypte, au Maroc et au Yémen, les féministes musulmanes se sont attaquées au droit musulman de la famille. A l'intérieur de la République islamiste d'Iran, certaines féministes musulmanes se revendiquaient du fondamentalisme, tandis que d'autres rejetaient sans appel cette doctrine.
Ce mouvement s'appuie sur les interrogations soulevées par les intellectuels musulmans concernant les rapports entre l'islam et la démocratie et les droits de l'homme, s'inscrivant ainsi dans un courant de réforme plus large (par exemple, Abdulkarim Soroush, Mohsen Kadivar, Hassan Yousefi–Eshkevari, et d’autres connus sous l’appellation de Nouveaux intellectuels religieux en Iran ; le défunt Mahmoud Taha du Soudan, Hassan Hanafi d’Egypte et l’exilé Zeid Abu Nasr ; Mohammad Arkoun d’Algérie, professeur à la Sorbonne ; Chandra Muzzafar de Malaisie, Fathi Osman, etc.).
Outre le droit à l' ijtihad, le féminisme islamique revendique le droit de participer aux prières et d’officier dans des prières mixte. Selon Margot Badran, chercheuse au Centre pour la compréhension entre musulmans et chrétiens du prince saoudien Al Walid bin Talal à l'Université de Georgetown (Etats-Unis), les concepts centraux de ce mouvement sont l'égalité des femmes et la justice sociale.
Selon Badran: « L’islam est la seule des trois religions du Livre à avoir introduit dans ses textes – le Coran considéré comme la parole de Dieu – l’idée d’une égalité fondamentale de la femme et de l’homme (l’un et l’autre étant considérés comme des êtres humains, ou insan), et à y inclure la question des droits des femmes et de la justice sociale.
C’est ce message qui a été perverti au nom de l’islam lui–même. Le patriarcat préexistant, que le Coran est venu tempérer et finalement éradiquer (...) s’est montré fort résistant. Et c’est en dépit de la persistance du patriarcat que la religion musulmane fut adoptée. La manipulation par les franges dominantes de la société fut telle que l’islam finit par être perçu comme naturellement patriarcal au point d’effacer la contradiction inhérente entre la parole révélée et le patriarcat et d’anéantir toute revendication islamique en faveur de l’égalité des sexes et de la justice sociale.
Ce n’est pas le moindre paradoxe de constater que la seule religion qui a inscrit l’égalité des sexes dans ses textes se retrouve aujourd’hui considérée comme la plus machiste de toutes (...) Les musulmans machistes, au niveau étatique, social ou familial, et les détracteurs de l’islam ont un intérêt commun, quoique pour des raisons différentes, à perpétuer cette fiction d’un islam patriarcal. »
Margot Badran affirme que le féminisme islamiste revendique une conception égalitaire de l'oumma, ou communauté des croyants, qui transcende les divisions Orient/Occident, public/privé, séculier/religieux, et rejette l'idée d'un Etat islamiste.
Histoire du mouvement avant l'émergence du terme
En Egypte, le terme « féminisme » est utilisé, dès les années 1920, par les femmes musulmanes participant aux mouvements de libération de la femme, c'est-à-dire au même moment où le terme émergeait aux États-Unis. Kumari Jayawardena a montré, en 1986, dans son étude des mouvements féministes dans plusieurs pays orientaux, que les féministes égyptiennes n'avaient pas emprunté la notion de féminisme à l'Occident.
Elle rejetait ainsi l'affirmation islamiste selon laquelle le féminisme serait une invention occidentale. Au contraire, la lutte pour l'égalité des droits s'accompagnait, en Egypte, d'anti-colonialisme, luttant aussi bien contre le patriarcat autochtone que contre le colonialisme patriarcal .
Du fait de son lien avec le nationalisme, il était alors désigné sous le nom de « féminisme laïc », synonyme, selon Badran, de « féminisme national » (égyptien, syrien, etc.). Huda Sharawi devient ainsi la présidente du Comité central du Wafd, le parti nationaliste, et fonde en 1923 l'Union féministe égyptienne.
La même année, elle se dévoile publiquement, devenant la première femme égyptienne à accomplir ce geste. Avec l'émergence de l'islam politique dans les années 1970, qui remet en cause la distinction séculier/religieux, les féministes musulmanes sont dénigrées en tant que musulmanes dévoyées, et grossièrement décrites comme « brosses à reluire de l’Occident » ou « brosses à reluire de la laïcité ».
Certaines féministes laïques se sont alors jointes à ces attaques, pour dépeindre l'islam comme religion fondamentalement sexiste, cliché persistant jusqu'à aujourd'hui. Néanmoins, les échanges entre féministes islamiques et féministes laïques se font aujourd'hui plus importants.
Tandis que les mouvements féministes laïques à l'intérieur du monde musulman se développaient dans le cadre national, le féminisme islamique se concevait au contraire comme mouvement universaliste, transcendant les frontières étatiques. Il se développa d'abord dans les pays où l'islamisme se révéla comme force politique importante, qui re-dessinait l'espace des femmes dans la société et conduisait à d'importantes régressions du statut de la femme.
Al-Fanar, Organisation Féministe Palestinienne, incluait ainsi, dans les assertions principales de l'islam politique, celle selon laquelle: « Le comble de la corruption occidentale, selon les fondamentalistes, est le féminisme et le mouvement de libération des femmes, qui allient des valeurs égalitaires et démocratiques et les appliquent aux femmes. Les femmes qui sont actives dans ces mouvements sont corrompues et licencieuses, et sont des renégates dont il est permis de verser le sang. En outre, tout ceci s’applique à toute personne qui les soutient. »
Néanmoins, le mouvement féministe musulman se développa parfois même à l'intérieur de ces mouvements islamistes eux-mêmes (ainsi en Turquie). En Afrique du Sud, il émerge à l'issue de la lutte contre l'apartheid. Il apparaît alors que les femmes ont profité d'un accès important à l'éducation, dans tous les domaines, y compris religieux, et alors qu'une population grandissante se retrouve confronté à la Modernité, en particulier en raison de l'urbanisation.
Interprétations du Coran
Le mouvement islamiste féministe montre que le Coran introduit l'idée d'égalité fondamentale de l'homme et de la femme à travers la notion d' insan. Il met en relation le principe d'équilibre (tawwazun) avec le principe d'égalité, et montre que « le Coran n’assigne pas à des rôles sociaux spécifiques » mais « met plutôt en avant la notion de mutualité dans les relations conjugales : les époux se doivent mutuellement protection et assistance ». Il rejette certains hadith misogynes comme apocryphes. Ainsi, la sociologue marocaine Fatima Mernissi et l’universitaire turque en études religieuses Hidayet Tuksal, par ailleurs spécialiste du hadith, ont utilisé les méthodologies classiques d’examen des textes islamiques pour démontrer leur inauthenticité.
Tuksal travaille avec le Département des affaires religieuses turc (Dinayet) sur un projet consistant à retirer les hadiths misogynes des collections que cette institution publie et distribue à 76 000 mosquées à travers le monde [4]. Les féministes musulmanes ont aussi travaillé sur le fiqh, jurisprudence musulmane qui n'a guère été mise à jour depuis son élaboration et sa cristallisation en quatre écoles juridiques. Elles ont ainsi participé à la réforme du droit de la famille au Maroc (Moudawana), plaçant l’homme et la femme à égalité en tant que chefs de famille, éliminant presque toute forme de polygamie, rendant possible le divorce pour la femme aussi bien que pour l’homme, etc.
La place des femmes dans l'espace religieux
Dans l'université Al-Azhar du Caire, les femmes musulmanes ont obtenues le même statut que les hommes oulémas, obtenant ainsi l'égalité des genres non seulement dans la sphère publique séculière, mais aussi dans la sphère religieuse. Chercheuse en fiqh comparé et professeur à Al Azhar, Souad Salih mène une campagne pour permettre aux femmes d’être officiellement nommées au poste de mufti en Egypte.
Bien qu'hommes et femmes, lorsqu'ils font le hadj (pélerinage), prient ensemble dans la Grande Mosquée et sont rassemblés dans le mathaf (l’espace de déambulation) au moment de tourner autour de la Kaaba, les femmes sont en général placées derrière les hommes dans les mosquées et ne peuvent faire de sermons.
Au milieu des années 1990, la Claremont Mosque, au Cap (Afrique du Sud), laissa les femmes s'asseoir en rangs parallèles aux hommes. La mosquée du Cap devint alors le premier lieu où le sermon introductif fut donné par une femme, la théologienne américaine Amina Wadud .
Divergences et précisions à l'intérieur du mouvement: Féminisme et religion
Certaines féministes musulmanes ont essayé de distinguer plus précisément entre « féminisme islamique », « féminisme musulman » et « femmes islamistes ».
A première vue, le terme de « femmes islamistes » n'implique en effet aucune dimension féministe mais bien une allégeance à l'islam politique, tandis que les expressions de « féminisme islamique » et de « féminisme musulman » impliquent une compatibilité entre la religion musulmane et le féminisme, de même qu'il peut y avoir un féminisme judaïque ou chrétien.
Selon Sonia Dayan-Herzbrun, auteure de Femmes et politique au Moyen-Orient (2006), le terme désigne aussi bien « ceux qui s’efforcent d’établir la compatibilité entre l’islam et l’émancipation des femmes » que « ceux qui mettent l’accent sur la spécificité de la domination des femmes musulmanes indépendamment des sociétés dans lesquelles elles se trouvent » — de façon comparable, par exemple, au Black feminism états-unien qui mettait l'accent sur la spécificité de la domination des femmes afro-américaines.
Le cas français
En France, la loi sur les signes religieux à l'école de 2004 a été l'occasion d'un débat opposant partisans et adversaires de la loi, faisant apparaître une ligne de clivage au sein même du mouvement féministe entre ceux et celles qui soutenaient la loi, au nom de l'émancipation de la femme vis-à-vis de la religion, et celles qui ont au contraire critiqué une instrumentalisation du féminisme par la droite, à des fins racistes et xénophobes.
Houria Bouteldja, porte-parole du collectif des Indigènes de la République, établissait ainsi une continuité entre la cérémonie du dévoilement à Alger, en 1958, en plein milieu de la guerre d'Algérie, citant Frantz Fanon pour qui « Certaines, dévoilées depuis longtemps, reprennent le voile affirmant ainsi qu’il n’est pas vrai que la femme se libère sur l’invitation de la France et du Général de Gaulle. » .
Bouteldja critiquait ainsi notamment l'association Ni putes, ni soumises, qu'elle qualifiait, après Althusser, d'« Appareil idéologique d'Etat ». Au nom de l'association Pénélopes, Caroline Fourest, au contraire, considère la notion même de « féminisme islamique » d'oxymorique, s'affirmant outrée que l'UNESCO et la Ligue des droits de l'homme ait organisé un colloque à ce sujet (Paris, 2006), et dénonçant la présence, à Barcelone en 2005, de la femme du cheikh Youssouf al-Qaradhaoui, dirigeant du Conseil européen de la fatwa et de la recherche et tenant de positions particulièrement rétrogrades concernant le statut de la femme.
La femme de Qaradhaoui s'était pourtant opposée, lors de ce forum à Barcelone, à tout féminisme islamique, affirmant qu'il ne saurait être que laïc (et rejoignant donc paradoxalement les thèses de Fourest).
Bibliographie
Existe-t-il un féminisme musulman?, livre issu d'un colloque à Paris, septembre 2006, organisé par la Commission Islam et laïcité de la Ligue des droits de l'homme (LDH), en collaboration avec l'UNESCO. (Présentation du colloque)
Gresh, Alain. 2004. L’Islam, la République et le monde. Paris : Fayard.
Mernissi, Fatima. 1987. Le harem politique. Le Prophète et les femmes. Paris: Albin Michel.
Ramadan, Tariq. 2005. “Les Musulmans et la laïcité.” 1905-2005 : les enjeux de la laïcité. Paris : L’Harmattan.
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23.06.2008
Les mouvements libéraux islamiques
L'islam compte en son sein un certains nombre de mouvements qualifiés de libéraux.
Ces mouvements proposent une réflexion sur l'adéquation de l'islam dans le monde qui l'entoure.
Par exemple, le courant du féminisme islamique de Amina Wadud et Leyla Ahmed est considéré comme faisant partie de ce qui est nommé islam libéral (au sens liberalisme culturel).
On remarquera dans un premier temps que la période de la crise moderniste musulmane est quasiment identique à la période de la crise moderniste du christianisme.
Dans un deuxième temps, on remarquera que ces penseurs et théologiens se répartissent sur la totalité de l'aire géographique traditionnelle de l'islam comme sur celle de la diaspora musulmane.
Avec les décolonisations et la chute de l'empire soviétique, la crise moderniste musulmane reprend là où elle a été interrompue.
On distinguera donc 2 générations de penseurs libéraux, celle contemporaine de la crise moderniste et le libéralisme théologique contemporain.
Les modernistes
Noms Dates Pays
Muhammad Abduh 1849-1905 Égypte
Jamal Al Dîn Al Afghani 1838-1897 Afghanistan
Abd al-Hamid Ibn Badis 1889-1940 Algérie
Muhammad Iqbal 1873-1938 Inde
Abd al-Rahman al-Kawakibi 1842-1902 Syrie
Mohammed Rachid Rida 1865-1935 Syrie
Mouhammad Nâsir Ad-Dîn Al-Albâni 1914-1999 Syrie
Les libérauxAli Abderraziq 1888-1966 Égypte
Mohammed Arkoun 1928 Algérie et France
Abdennour Bidar 1971 France
Abdelmajid Charfi Tunisie
Mohamed Charfi 1936 Tunisie
Malek Chebel 1953 Algérie
Asghar Ali Engineer Inde
Farid Esack Afrique du Sud
Hassan Hanafi Égypte
Rifat Hassan Etats-Unis
Muhammad Khalafallâh
Fatima Mernissi Maroc
Ebrahim Moosa 1940 Afrique du Sud
Chandra Muzafar Malaisie
Abdullahi an-Naïm Soudan
Fazlur Rahaman 1929-1982 Pakistan
Youssef Seddik 1943 Tunisie et France
Shamima Shaikh 1960-1998 Afrique du Sud
Muhammad Sharour Syrie
Abdul Karim Soroush Iran
Mahmoud Mohamed Taha pendu au Soudan en 1982
Amina Wadud Etats-Unis
Nasr Hamid Abû Zayd né en 1943 Égypte, vit aux Pays-Bas
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